LE MONDE : Olivier Besancenot 3 articles dans une seule édition le 27 juin

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

Olivier Besancenot : une popularité qui commence à inquiéter le reste de la gauche

LE MONDE | 27.06.08 | 14h23  •  Mis à jour le 27.06.08 | 14h23 
 

Olivier Besancenot est désormais passé en tête : selon le sondage OpinionWay-Le Figaro du 19 juin (réalisé auprès d'un échantillon de 1 006 personnes selon la méthode des quotas), le leader de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) serait devenu le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy. Quelques jours plus tôt, L'Express remarquait aussi son ascension : M. Besancenot est la troisième personne parmi celles dont les Français
"aimeraient qu'elles aient plus d'influence sur la vie politique française" (étude BVA réalisée du 12 au 14 juin auprès de 955 personnes selon la méthode des quotas). Avec son discours de "superdélégué syndical", le jeune porte-parole de la LCR surfe sur les conflits sociaux. 

Cette consécration sondagière - il oscille entre 45 % et 60 % d'opinions favorables selon les instituts - vaut-elle ancrage durable ?, s'interrogent désormais ses adversaires comme ses anciens challengers à gauche. Le Parti socialiste s'en inquiète, tandis que les leaders du PCF comme ses anciens alliés de la gauche antilibérale s'en agacent. Nicolas Sarkozy, lui, en joue, ne manquant pas une occasion de souligner que Besancenot "est très bon" et qu'il peut avoir, à gauche, un pouvoir de nuisance équivalent à celui de Jean-Marie Le Pen pour la droite, avant 2002.

Indubitablement, la popularité de M. Besancenot s'est installée. Comme l'a montré une étude de l'IFOP (du 30 mai), cette poussée d'audience s'est opérée en trois étapes : lors du référendum sur la Constitution européenne en mai 2005, puis avec le conflit sur le contrat première embauche (CPE) au printemps 2006, et enfin à la présidentielle de 2007. Elle semble aujourd'hui se cristalliser un peu plus avec un "noyau dur" qui se renforce,
la part d'"excellentes opinions" passant de 10 % en avril 2007 à 13 % en juin 2008, explique Jérome Fourquet, directeur de l'institut. "Il se passe quelque chose. Ce n'est pas seulement une bulle de savon médiatique", insiste-t-il.

Mais, pour les politologues, pas plus que les sondages ne font le vote, la popularité ne veut dire que l'espace politique s'est consolidé. "Pour l'instant, on peut remarquer une focalisation d'image, pas encore de cristallisation. Olivier Besancenot reste un médium à travers qui on fait passer des messages à la gauche", note Stéphane Rozès, directeur de
CSA-Opinions. Alors que le Parti socialiste demeure englué dans ses discussions de congrès et de leadership, il est devenu le porte-parole des colères populaires contre les attaques sociales du gouvernement, sans que cela présage d'un ancrage électoral durable.

Les élections municipales n'ont pas démenti ce constat. Les candidats de la LCR y ont réalisé des scores remarqués - plus de la moitié des listes présentées ont atteint 5 % - sur les terres de gauche, anciennement terres d'élection du PCF comme dans le Nord ou du PS dans le Grand Ouest. Mais la démonstration que la LCR capte, seule, l'électorat de la gauche radicale n'a pas été faite. La moitié des listes présentées étaient des listes d'union
avec d'autres courants de la gauche radicale.

Quant au souhait de M. Sarkozy de faire jouer à M. Besancenot, à gauche, le même rôle handicapant que celui de M. Le Pen à droite, elle ne résiste pas à des reports de voix. "Dans les années 2000, il y avait une vraie scission entre les deux électorats, celui du RPR et celui du FN. Les électeurs de Besancenot et du PS sont plus fluides et forment un camp, avec des différences d'intensité mais sans coupure : les voix obtenues par M. Besancenot au premier tour se sont reportées sur Mme Royal au second", note Vincent Tiberj, chercheur au Centre d'études de la vie politique française (Cevipof).

La LCR n'en doute pourtant pas : la popularité de son leader va faire croître ses effectifs. Elle a lancé un appel à la construction d'un Nouveau Parti anticapitaliste et assure que les premiers pas de cette démarche sont prometteurs. Trois cents collectifs, regroupant 7 000 à 8 000 personnes, doivent se réunir les samedi 28 et dimanche 29 juin à Saint-Denis. "La
mayonnaise prend et ça dépasse tous nos pronostics", assure Alain Krivine, porte-parole. Le congrès de fondation est prévu en janvier 2009.

Cette "capitalisation" de la popularité du jeune leader d'extrême gauche pour le nouveau parti ne semble pourtant pas acquise. Une étude de M. Tiberj, publiée lundi 23 juin sur le site Mouvements.fr, montre que seuls 2 % de ses électeurs se disent proches de la LCR. "Les gens votent pour Olivier Besancenot, mais ne connaissent pas la LCR. La gauche mouvementiste, radicale, vote pour lui, car il a une cohérence et une pureté que le PS a
perdues", souligne M. Tiberj. Du coup, la réussite de l'ancrage tant électoral que partisan du postier révolutionnaire ne dépend pas de lui ni de son nouveau parti, mais de l'évolution du PS. "Si le PS maintient sa ligne "libérale" sans complexe et continue à chercher du côté du centre gauche, alors Besancenot aura un réel espace", pronostique M. Tiberj.

Sylvia Zappi

Article paru dans l'édition du 28.06.08
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Le "passager clandestin" du vol présidentiel Beyrouth-Paris

LE MONDE | 27.06.08 | 14h23

Dans l'avion présidentiel qui les ramène de Beyrouth, samedi 7 juin, les principaux leaders politiques français, invités par Nicolas Sarkozy, découvrent pendant le vol la présence d'"un passager clandestin", selon l'expression de Jean-Pierre Raffarin. Olivier Besancenot, le porte-parole de la LCR, n'est pas physiquement dans l'avion : son parti n'étant pas
représenté au Parlement, il n'a pas été invité à faire partie de la délégation à Beyrouth. Mais il se retrouve rapidement au centre des conversations, selon les témoins de la scène.

C'est François Hollande, le premier secrétaire du PS, qui lance le sujet des élections régionales. Il soupçonne M. Sarkozy de vouloir changer les règles du jeu, avant les prochaines élections de 2010 pour instituer un système proportionnel à un tour. M. Sarkozy se veut rassurant : "Ce n'est pas un mode de scrutin qui fait gagner une élection." M. Hollande n'est pas d'accord : "Ça va rendre les régions plus difficiles à gouverner et mettre
l'extrême gauche en situation de peser ou d'empêcher de gouverner", dit-il en substance.

De l'autre côté de l'allée, Jean-François Copé, président du groupe UMP de l'Assemblée, et Patrick Devedjian, secrétaire général du parti présidentiel, apostrophent M. Hollande : "Vous allez être obligé de clarifier la position du PS vis-à-vis de Besancenot !" "Soit vous faites le pari du social-libéralisme, et vous allez devoir affronter une extrême gauche forte,
soit vous courrez derrière l'extrême gauche et vous perdrez le centre", savourent MM. Copé et Devedjian. M. Sarkozy résume : "La droite a mis vingt ans à régler le problème de l'extrême droite, aujourd'hui c'est votre tour !"

François Bayrou, assis en face de M. Sarkozy, boit du petit lait. Le président du MoDem pense aussi qu'"un jour le PS se retrouvera écartelé entre la gauche de la gauche et la social-démocratie". Assise en face de M. Hollande, Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, se crispe : "Cela nous obligerait à fusionner au premier tour et conduirait à une bipalorisation encore plus forte.". M. Hollande la réconforte : "Ce n'est pas une bonne manière de faire l'alliance avec les communistes."

Christophe Jakubyszyn

Article paru dans l'édition du 28.06.08

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Selon la Fondation Jean-Jaurès, le PS pourrait être confronté à une
concurrence croissante


LE MONDE | 27.06.08 | 14h23  •  Mis à jour le 27.06.08 | 14h23

On voit depuis quelques années se structurer scrutin après scrutin une offre politique à la gauche de la social-démocratie réformiste à l'instar de ce que l'on observe outre-Rhin avec l'apparition de Die Linke, formation alliant les anciens communistes du PDS et des déçus du SPD et qui est aujourd'hui représentée dans dix parlements régionaux." Une note de la
Fondation Jean-Jaurès, proche du PS, met en évidence une hypothèse qui est devenue le cauchemar des socialistes : l'émergence d'une formation concurrente, suffisamment forte pour les empêcher de remporter une élection présidentielle.

"A l'heure où le PS débat sur sa stratégie d'alliance et sur l'opportunité de faire sien un certain libéralisme après avoir définitivement et officiellement abandonné la référence révolutionnaire, le courant politique incarné par Olivier Besancenot pourrait se voir ouvrir de nouvelles perspectives", ajoute le document.

En analysant les reports de voix observés au second tour de l'élection présidentielle de 2007, les socialistes pensent cependant trouver quelques raisons de relativiser le danger que représente la popularité de M. Besancenot. Plus des trois quarts (76 %) des électeurs de ce dernier se sont, en effet, reportés sur Ségolène Royal.

"SAUT QUALITATIF"

La Fondation Jean-Jaurès met pourtant en garde contre tout excès d'optimisme. "Le vote utile, dont on a vu l'efficacité en 2007, pourra certes contrecarrer" l'influence de l'extrême gauche, mais "le saut qualitatif opéré par Olivier Besancenot, dont la stature politique et
médiatique s'est nettement développée, devrait rendre plus légitime que par le passé l'option d'un vote en sa faveur".

Cette mise en garde intervient alors que le PS commence à prendre très au sérieux la concurrence que constitue le succès grandissant de M. Besancenot dans les sondages, mais aussi le score de certaines listes de la LCR lors des municipales. Mi-mai, le secrétariat national a constitué un groupe de travail piloté par le député de Paris Daniel Vaillant. Sa mission : Analyser l'impact que pourrait avoir la constitution d'un pôle de
radicalité" et "en tirer les enseignements pour la gauche".

Le "phénomène Besancenot" alimente aussi le débat interne, à cinq mois du congrès socialiste de Reims. Benoît Hamon, l'un des représentants de la gauche du PS, préconise que le parti défende les réformes sociales mises en oeuvre par les socialistes, "occupe l'espace public et donc la rue quand cela est juste et nécessaire pour éviter que d'autres ne nous tondent la laine sur le dos".

A contrario, la contribution rédigée par plusieurs "grands élus" réunis autour de Gérard Collomb, maire de Lyon, considère que "ce que les Français attendent du Parti socialiste, ce n'est pas comme certains le suggèrent qu'il radicalise encore son discours, mais qu'il prenne en compte les changements du monde d'aujourd'hui".

Jean-Michel Normand

Article paru dans l'édition du 28.06.08

Publié dans Besancenot

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