Eléments de réponse à l'"APPEL POUR ORGANISER L'ALTERNATIVE A GAUCHE", initié par Politis , par des militants alltermond(ial)istes et Objecteurs de Croissance

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

 A quelle nécessité répond cet énième appel unitaire ?
 Serait-ce à celle de remplir le vide abyssal du projet politique commun  aux signataires ?
 
 Serait-ce à celle de remplacer la force mobilisatrice d'un projet,  c'est-à-dire sa qualité palpable émancipatrice, par la logique rassurante  du nombre (nous n'avons pas d'armes, pas d'idées , mais en se serrant les coudes...!), avec au final, quelques leaders historiques (premiers  signataires) qui pourront se revendiquer de ce nombre, pour négocier  quelques places aux européennes ou dans une équipe de campagne (cf la campagne présidentielle Bové).
 
 Mais de refondation politique point !
 
 Parce que les premiers signataires ne la recherchent pas, parce qu'ils connaissent leurs désaccords, parce que la plupart d'entre eux méprisent le paradigme de l'écologie, qui remet en cause les certitudes de leur vie et de leur statut social.
 
 Voyons la méthode que nous connaissons, pour l'avoir vécu de l'intérieur  depuis 2005, au sein des CUALs et dont on nous remet la sauce :
 
 - un appel individuel dont l'artefact a l'avantage de nier la réalité des  mouvements collectifs de pensée et de permettre le développement du  principe d'Assemblées Générales manipulées et dont le débat est tronqué (cf l'adoption de la Charte des CUAL et des 125 propositions à St Denis),

 - des décisions prises selon le plus petit dénominateur commun (la proposition des plus mous ou de ceux qui sont prêts à faire alliance avec le PS) 

 - le résultat : un panel de revendications quantitatives, illusoires et basées sur la surenchère (pour faire gauche de la gauche), qui ne remettent absolument pas en cause le modèle économique et idéologique fondé sur la croissance.
 
 Cet appel nous refait les CUALs sans la moindre analyse de leur échec, à savoir:
 
 1/ l'absence de projet émancipateur en rupture avec le capitalisme productiviste (et non pas seulement envers l'ultralibéralisme sarkozien),  d'une part et avec la redistributon keynésienne, d'autre part,
 
 2/ l'absence de stratégie de rupture d'alliance gouvernementale avec la social-démocratie : il s'agit à nouveau, de peser dans le cadre d'un accord à gauche, dans le respect de la constitution -remarquez l'absence de l'appel à une Constituante-. Ce respect des institutions de l'ordre dominant s'élargit à l'Union Européenne, puisque l'on nous ressert la vision d'une "autre Europe", sans en analyser sa fonction dans la globalisation capitaliste.
 
 Alors qu'il faudrait, à la lumière de l'émergence des nouvelles luttes et expérimentations sociales, mettre en avant une stratégie de rupture institutionnelle, s'appuyer sur les alternatives concrètes et faire de l'action politique, les leviers pour conforter les contre-pouvoirs.

Alors qu'il faudrait remplacer l'illusoire grand soir (électoral ou  insurrectionnel), par la logique de milliers de petits matins émancipateurs.
 
 3/ l'absence d'une tactique de pôle de radicalité alliant, de façon permanente et pas seulement électorale, un "front" constitué de courants et mouvements politiques, de mouvements sociaux et d'individus rassemblés dans des comités de base.
 
 Conjuguer les trois urgences (sociale, écologique, démocratique) semble la moindre des choses, lorsque le dérèglement climatique et la crise énergétique s'accélèrent, lorsque les risques de destructions des écosystèmes et la perte de la biodiversité menacent les conditions mêmes d'existence de très nombreuses espèces et, y compris, celle de l'espèce humaine.
 
 Que dit l'appel, pour répondre à ces urgences ? : que cette gauche, enfin  à gauche "n'oublie plus la nécessité de redistribuer les richesses".
 
 Ah? Parce que nous en sommes encore à vouloir redistribuer des richesses?
 
 Nous faisons partie des premières générations à vivre une civilisation sans repère spirituel, sans lien avec la nature, sans repère sacré qui nous unissent à La Terre, sans laquelle il n'y a pas de vie communautaire, pas de lien de solidarité, pas d'humanité dont l'existence soit digne de ce nom.
 
 Nous sommes les premières générations "occidentales" à concevoir,  reconnaître, entrevoir que les conséquences des destructions, inhérentes la perte des liens, qui unissaient les sociétés traditionnelles ou primitives aux écosystèmes, ne sont pas le seul fait de tragédies nationales isolées, mais bien les prémices de catastrophes planétaires majeures.
 
 Nous sommes les premières générations, nourries par l'idéologie du PIB, à commencer à admettre que le destin de l'humanité est lié à son environnement, empirisme qui avait constitué la base des cultures humaines traditionnelles, sur tous les continents.
 
 Et parce que nous constatons, que notre destin est lié, non seulement au destin de l'ensemble de l'humanité, mais également à la préservation des conditions de son existence sur la planète, nous devrions nous rallier à un appel qui nous propose la redistribution des richesses, comme solution suprême ?.
 
 Formulation extrêmement vague qui semble être une simple transposition du partage judéo-chrétien, qui ne définit ni la provenance, ni l'usage, ni les usagers de ces "richesses", basées sur "un nouveau mode de production et de consommation, soutenable et respectueux des équilibres écologiques".
 
 La gauche enfin à gauche ne remettrait-elle en cause ni le salariat ,ni la redistribution des profits monétaires ,ni le productivisme, ce dernier étant, au mieux converti au éveloppement durable ? La Terre, au service d'une consommation prétendument raisonnée, alors que nous devons de toute urgence protéger le climat, les forêts, les sols qui nous nourrissent et
que nous devons sortir, de façon tout aussi urgente de l'idéologie productiviste.
 
 Les contradictions et l'absence de projet, qui existent entre les  signataires, empêchent que de tels objectifs voient le jour. Il s'agit pour la plupart d'entre eux, uniquement d'exister médiatiquement et de faire par ce texte un contre-feu à l'initiative de la LCR. Envisage t-on à Politis un front de résistance sans le NPA ?.

 Il s'agit, pour certains signataires, d'une course de vitesse, afin  d'être les premiers à lancer "la gauche" (Die Linke) avant la LCR, mais une gauche moins radicale, plus encline à une alliance avec le PS.
 
 On imagine que l'aspiration à d'autres mondes possibles serait celle de  dépasser l'objectif aliénant que représente la recherche effrénée et  vaine, de l'augmentation du pouvoir d'achat. On imagine que l'aspiration des salariés serait de se débarrasser de l'aliénation du salariat. On imagine que l'aspiration des jeunes des quartiers populaires serait de  demander plus que le simple respect, et de remettre en cause un mode de vie et d'urbanisme qui les prive de toute possibilité de construire leur  vie de façon autonome.
 
 La référence à Die Linke, la notion de "codéveloppement" montrent que cet appel se situe dans une vision productiviste et techniciste du monde,  bien éloignée de celle des écologistes, des altermondi(ali)stes, des  objecteurs de croissance.  Aujourd’hui nous exprimons notre inquiétude face aux illusionnistes de "la gauche de gauche" pour proposer autre chose que des défaites annoncées, revendiquer l'utopie, pour ré-enchanter le monde et faire avec-plutôt-que-pour les "sans"..(voix..) , reprendre la parole et hausser le ton en relevant la tête. Cela se passe déjà autour de nous, offrons d'autres perspectives aux mouvements sociaux que celle de voter PS au second tour.
 
 Nous sommes nombreux à rêver, à oeuvrer, à nous mobiliser pour :
 
 - qu'un Appel prenne en compte les réalités sociales, économiques et  écologiques tout en intégrant l'indice de développement humain et  l'empreinte écologique,
 
 - que se refonde une pensée écologiste, qui n'envisage pas, de quelque manière que ce soit, la gestion d'un système économique, quelqu'il soit, qui ruine l'espérance des vies sur cette planète,
 
 - qu' écologistes, altermondi(al)stes, alternatifs, objecteurs de  croissance se rassemblent pour porter un projet de rupture avec ce  capitalisme dévastateur, et proposent des alternatives émancipatrices aux dominations, qui préservent l'avenir des générations futures, en  harmonie avec les autres êtres vivants,
 
 - que ce projet écologiste autonome soit enfin proposé comme une Utopie éalisable ,avant que ne s'amplifient les catastrophes, la pénurie et la récession.
 
 Nous sommes nombreux à rêver, que parallèlement et sans occulter ni  renoncer à nos propositions, un large front de résistance (pôle de  radicalité), doit se mettre en place, sur des propositions concrètes d'action et de luttes, y compris dans le domaine institutionnel, par l'appel à une Constituante.  Nous devons rompre avec le bipartisme et le système majoritaire qui  empêchent toute émergence d'initiatives, en rupture avec l'idéologie
 dominante.
 
 "Aujourd'hui, les peuples indigènes de l'Amérique latine et du monde,  nous sommes en train d'être convoqués par l'histoire pour devenir  l'avant-garde de la défense de la nature et de la vie". (extrait du  discours d'Evo Moralès, président de la Bolivie, à l'ONU le  24 septembre 2007)".
 
 Rassembler OUI, mais dans le respect de nos diversités pour rendre le
 débat fécond et rendre possible les alternatives !

> Christine Piguel-Coutard (Objecteur de Croissance)
> Christian Sunt ( Objecteur de croissance)
> Farid Ghehiouèche (Altermondiste)
> Hélène Kirchner (Altermondialiste -signataire de l'appel de Politis car il
> peut être un germe. Mais le germe sans la terre, l'eau, l'air,
> l'ensoleillement, n'est rien…)  
> Michèle Barbier (Altermondialiste)
> Jean Paul Lambert (Revue PROSPER, écologie, distributisme, usages)
> Christine Dardalhon ( Distributiste, Objectrice de Croissance)
> François Mainguy (Objectrice de Croissance)

Publié dans OC

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