Sur l'usage de l'appel Politis par Franck Loizemant

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

Bonsoir à toutes et tous

Lorsque l'appel de Politis a été lancé, j'étais plutôt embarassé. L'appel me semblait en retrait par rapports à d'autres appels antérieurs. La présence d'un certain nombre de signataires parmi les premiers me posait problème. Il apparaissait clairement que la Ligue n'avait pas été associée à la rédaction du texte et qu'on lui avait proposé dans des conditions qui démontraient qu'on ne désirait pas qu'elle signe. J'ai signé l'appel pour plusieurs raisons. Les signataires n'ont pas ce genre de considération, ils sont exaspérés par la division de la gauche de transformation sociale. Je ne considère pas que la construction du NPA soit contradictoire avec le fait d'oeuvrer à un cadre plus large.

Mais encore faut il que ce cadre large se situe dans la gauche de gauche. A quelques uns, mais nous nous sommes efforcés d'être les plus pluriels possible, nous nous sommes réunis pour préparer une AG parisienne des signataires de l'appel. j'ai écrit le compte rendu qui se veut le plus lisse possible. On a toutefois un peu causé politique lors de cette réunion.

Eric Coquerel nous a dit qu'il fallait avoir "l'ambition de changer toute la gauche". Je suis à mon tour intervenu, mais la réunion n'avait pas pour objet de confronter nos points de vue et je n'ai pas développé, pour dire que ce n'était pas en tous cas mon projet. Denis Sieffert a expliqué que nous recherchions une position "centrale" dans la gauche. Cela reste à préciser mais c'est plus satisfaisant. Je ne souhaite pas et personne ne souhaite resté confiné dans les marges. Nous devons avoir le projet de construire un regroupement qui compte et qui pèse mais nous ne péserons rien si nous choisissons de nous mettre à la remorque de tout ou partie de l'ex gauche pluurielle.

C'est ce qui m'a amené à terminer ce texte sur lequel je travaillais depuis longtemps.


L’APPEL DE POLITIS EXPRIME LES PREOCCUPATIONS UNITAIRES DE SES SIGNATAIRES

 

6000 personnes ont signé l’ « Appel de Politis ». Les signataires sont divers et leurs motivations variées. Ce n’est pas un raz de marée mais ce n’est pas un appel de plus d’autant que par-mi les signataires on trouve nombre de militants confirmés et notamment des syndicalistes. Le fait que l’appel émane d’une revue militante comme Politis lui confère de la légitimité. Ces signataires se sont rarement livrés à une exégèse de l’appel et n’en connaissent généralement pas la genèse. Mais ils signent parce qu’ils voient bien que la gauche institutionnelle ne s’op-pose pas à l’offensive de la droite et du patronat. Parce qu’ils veulent trouver une expression politique à leurs luttes. Parce qu’ils veulent l’unité de la gauche de transformation sociale.

 

DES AMBIGUÏTES A LEVER

 

L’appel regrette les « tendances au renoncement social-libéral du PS ». Le PS ne tend pas vers un positionnement social-libéral, le PS est pleinement un parti social-libéral qui ne se différencie qu’à la marge d’un parti de droite. La nouvelle déclaration de principes, approuvée par 82% des socialistes, vient compléter cet aggiornamento. Il évoque ensuite une « gauche enfin à gauche ». Il est indispensable d’en préciser la nature. S’agit il de « changer toute la gauche » (donc semble t il le PS) ou de rassembler la gauche de gauche ? Pense-t-on que le PS soit redressable ?

LA QUESTION DU FRONT ANTI SARKOZY

 

L’effacement du PS qui ne conteste que dans la forme les plans gouvernementaux fait retomber sur le mouvement syndical la responsabilité d’incarner l’opposition à Sarkozy.

Mais celui-ci n’a pas construit un vrai rapport de forces.  

Alors que le gouvernement s’attaque brutalement à l’éducation nationale, la direction de la FSU retire ses préavis de grève du 22 mai, puis, alors que les instits continuent de se battre pour leurs justes revendications, va négocier les modalités d’application de la loi sur le service minimum. La direction de la CGT va négocier en novembre 2007 la fin de la grève des cheminots avant même son démarrage. Elle ne signe pas, contrairement à la CFDT et FO, le texte scélérat sur la « modernisation » du contrat de travail mais n’appelle pas ses syndicats à la mobilisation.  Elle signe avec la CFDT et les organismes patronaux la « position commune » qui vise à l’intégrer dans un système verrouillé et ouvre une brèche dans la durée légale du temps de travail. Par là même, elle compromet le succès de la journée du 17 juin, convoquée bien tard, se défaussant d’un échec éventuel sur les travailleurs dont la combativité serait insuffisante (cf déclaration de Thibaut).

Pour défendre l’indépendance de classe des les syndicats, pour réaliser la nécessaire convergence des luttes, il faut un parti anti-capitaliste capable de peser dans les syndicats et de dessiner des perspectives politiques. Peut on construire un tel parti avec d’anciens dirigeants, d’anciens ministres de la gauche plurielle ?

QUEL RASSEMBLEMENT VOULONS NOUS ?

 

Les dernières élections municipales ont vu la poussée significative de listes unitaires s’opposant aux deux variantes du libéralisme. Ces listes comportaient nombre de militants communistes ou écologistes, parfois des militants de PRS mais elles se démarquaient clairement du PS et de ses alliés et on n’y trouvait aucun des dirigeants de la gauche plurielle. Il était ainsi démontré qu’il existe bien un espace politique pour une gauche de gauche.

Le choix des premiers signataires de l’appel de Politis présente une autre configuration.  L’ancien ministre Gayssot, l’un des dirigeants de la droite du PCF et partisan de son dépassement dans le PS y figure. On ne doit pas condamner un militant pour des orientations défendues hier et les signatures de Gayssot, de Vieu ou de Contassot peuvent provoquer débats et cassures au sein du PC ou des Verts. Mais leur présence, la présence de dirigeants politiques dépendant du PS pour leur avenir électoral, tire aussi l’appel plus dans le sens de la rénovation de la gauche institutionnelle que dans celui du rassemblement de la gauche de gauche. Le panel de signataires témoigne de mystérieux dosages, du choix d’un appel au sommet plutôt que de la volonté de faire converger des équipes militantes, de la mise à l’écart de militants reconnus, d’une tendance à marginaliser les collectifs anti-libéraux….

Le premier trait significatif, c’est la volonté délibérée de mettre à l’écart la LCR. La direction de la LCR n’a à aucun moment été associée à la rédaction du texte et en a pris connaissance dans des conditions qui ne lui permettaient pas de se prononcer. Les mêmes qui ont exclu la LCR de la préparation de l’appel déploreront avec une mine désolée le « sectarisme » de la LCR qui n’a pas signé un texte qu’elle ne pouvait pas signer.

Le second trait significatif c’est la très grande hétérogénéité des initiateurs. Trop grande pour construire une Linke à la française, mais peut être pas un obstacle pour lancer une liste aux européennes à partir de la notoriété tirée de l’appel. Est-ce un objectif suffisant ?

Valorisation de dirigeants de la gauche plurielle et exclusion de la LCR expriment un même choix. Ce choix est il celui des signataires de l’appel de Politis ?

 

NE PAS ELUDER LES QUESTIONS QUI FACHENT

 

Les 6000 signataires de l’appel de Politis se sont déterminés en fonction de leur exigence unitaire. Mais l’unité doit se faire sur un projet clair. C’est ce dont il faut discuter dans les assemblées de signataires qui doivent se tenir dans les villes et les départements. .

Une première question doit être tranchée. Veut on noyer une partie de la gauche radicale dans de larges secteurs de la gauche plurielle ou veut on rassembler la gauche de la gauche ?

Mais elle se prolonge avec d’autres questions qui demandent approfondissement des débats…

Passer des accords de gestion avec les sociaux - libéraux est il exclu ou acceptable ? Sur la base de quels critères, quelles expériences, quels bilans ? 

Tenter de construire une force à partir de collectifs a échoué en 2006-2007. Pense-t-on que les obstacles qui ont amené l’échec de la candidature unitaire sont levés ? Ne voit on pas que les divergences se surmontent mieux quand il s’agit de s’unir sur une question comme le TCE que quand les enjeux électoraux (et les enjeux institutionnels qui en découlent) arrivent.

 

LA QUESTION DES RAPPORTS AVEC LE PS

 

Un texte récent de Rémy Jean sur la question des rapports avec le PS a suscité le débat. Rémy explique que la majorité des courants anti-libéraux pratique sous certaines conditions des accords avec le PS au niveau municipal contrairement à la Ligue qui les proscrit. Rémy ne conteste pas à la Ligue le droit de défendre cette position mais lui reproche d’en faire un préalable à toute discussion. Au niveau national, Rémy juge la question « plus complexe » mais, « faute de temps » renvoie au document « Ambition Stratégie »

AU NIVEAU NATIONAL…

En septembre 2006, le texte « Ambition Stratégie » disait : « Nous ne serons pas d’un gouvernement dominé par le social libéralisme ». sans refuser explicitement à participer à un gouvernement avec le PS. Pour lever cette ambiguïté, l’assemblée des collectifs des Bouches du Rhône, réunie à Aubagne, proposait l’amendement suivant : « Il est donc hors de question pour nous de négocier un contrat de gouvernement ne rompant pas franchement avec le libéralisme et de s’engager dans une coalition gouvernementale et parlementaire avec le PS ». Cet amendement ne fut pas intégré en raison du refus du PCF. Le PCF, pour ne pas remettre en cause ses alliances avec le PS, entretenait la fiction que le PS n’était pas entièrement social libéral ou bien qu’il pouvait se redresser. Le PCF parti, les collectifs adoptaient la déclaration de Montreuil en janvier 2007 en affirmant : « Son orientation sociale libérale démontre l’impossibilité d’envisager un accord gouvernemental ou parlementaire avec le PS ». La déclaration de Montreuil reprenait l’esprit de l’amendement d’Aubagne en refusant explicitement tout accord de gouvernement avec le PS. La coordination de Montreuil espérait que la LCR qui avait donné comme argument de son départ des collectifs la question de l’indépendance vis-à-vis du PS y reviendrait .Mais la  LCR ne réintégra pas les collectifs.

Peut être par oubli, les principes de la déclaration de Montreuil ne furent pas intégrés par les textes adoptés aux assises des collectifs en novembre 2007. Si bien que la position officielle des collectifs n’est pas clairement établie.

Quelle est au final la position des collectifs ? Le texte « Ambition Stratégie » ou la déclaration de Montreuil ? Quel est, sur cette question, le positionnement de ceux des initiateurs de l’appel qui n’ont pas participé aux collectifs ou qui en sont sortis à Montreuil ou avant ?

La LCR  trouve t elle insuffisantes les garanties apportées par la déclaration de Montreuil ?

 

….ET AU NIVEAU MUNICIPAL

Des divergences séparent les anti-libéraux sur le choix de passer ou non des accords de second tour avec le PS. Comment réduire ces divergences ?

La LCR accepte de passer des accords de second tour avec le PS à condition qu’il s’agisse d’accords techniques sans solidarité de gestion. Ces accords ont par ailleurs été systématique-ment refusés par le PS souvent pour permettre des accords politiques avec le MODEM. Ne peut on pas préciser et développer la notion d’accords techniques ?

Une fusion technique n’entraînerait pas mécaniquement le refus de voter le budget. Elle pourrait s’accompagner d’un certain nombre d’accords sur des questions précises susceptibles d’améliorer la situation de la population (municipalisation de l’eau, transports gratuits…). Mais une telle fusion n’impliquerait pas l’obligation de tout accepter ou d’être contraint à une solidarité qui nous imposerait le silence sur les désaccords. Mettre les mains dans le cambouis, oui ! Mettre les mains dans la merde, non !

Avoir des élus dans un tel contexte serait positif à condition d’articuler leur travail avec des associations capables de construire un rapport de force. Ce serait un outil pour assurer la transparence des choix de l’équipe municipale, pour populariser et soutenir les luttes en cours en utilisant sa fonction d’élu…On pourrait construire des passerelles entre le niveau de conscience actuel et l’objectif de changer la société en mettant en avant des objectifs qu’on essaie de réaliser quand on est élu, en montrant justement les limites et la fragilité des réformes obtenues dans le cadre existant.

La LCR peut elle adopter cette conception d’un accord technique ?

FAIRE CONVERGER LES COURANTS ANTI-LIBERAUX

Un espace politique est dégagé par le basculement à droite du PS et le dépérissement du PCF cannibalisé par son hégémonique partenaire qui le maintient en survie en lui concédant quelques élus (de moins en moins).

Le NPA suscite un espoir.

D’autres militants placent leur espoir dans des Etats Généraux de la gauche de transformation sociale.

Les signataires de l’appel de Politis y voient aussi un espoir.

Plusieurs courants se réclament du rassemblement de la gauche de gauche. Ne peut on pas faire converger ces courants ? Cela dépend de la LCR, qui occupe une position centrale dans la gauche de gauche, mais aussi des partenaires éventuels à partir du moment où la LCR ne ferme pas la porte.

La LCR affiche un objectif d’ouverture. Elle affirme rechercher le rassemblement dans le NPA d’autres courants constitués qu’elle. D’aucuns demeurent sceptiques. Mais pour savoir si la LCR est prête à accepter dans le NPA d’autres courants constitués qu’elle-même, la seule voie est d’entamer des discussions, d’en proposer, de répondre à celles qui sont faites.

 

Cette question s’impose à toutes les équipes militantes qui veulent construire une véritable alternative à gauche. On ne peut la trouver pertinente que si on choisit de rassembler la gauche de gauche plutôt que d’essayer de « changer toute la gauche ».

 

Les signataires de l’appel de Politis souhaitent ils la convergence des différentes sensibilités anti-libérales ou la mise en concurrence de deux ou trois pôles se réclamant de l’anti-libéralisme qui se différencieraient en fonction de leur niveau de dépendance au social-libéralisme ?

Franck Loizemant CUGAL Paris 18  

Publié dans Appel

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G
Bonjour à tous,<br /> <br /> Je viens de lire le texte de Franck Loizemant, et je voudrais apporter ma pierre à l'édifice de cette réflexion sur la volonté réelle des signataires de l'appel.<br /> J'ai signé mais si je sais pourquoi, moi, j'ai signé, je ne sais toujours pas ce qu'il y a réellement derrière cet appel.<br /> En tout cas, je veux vous signaler mon étonnement devant les rencontres organisées en région autour des signataires. Nous sommes 180 signataires dans l'Hérault et la réunion qui doit nous permettre de nous voir et de nous par ler est prévue, ce soir, à Gignac.<br /> J'ai reçu une incroyable invitation de communistes pas du tout unitaires. Il semble que ces personnes soient à la tête d'une véritable offensive contre l'initiative NPA (je l'appelle ainsi pour aller vite).<br /> Comment ces communistes qui n'ont même pas participé aux CUAL peuvent-il être les fers de lance de l'appel de Politis.<br /> Je compte aller à cette réunion et poser directement la question.<br /> Si la réponse n'est pas satisfaisante, je demanderai très officiellement à Politis de me rayer de la liste des signataires.<br /> Le PCF est exangue, je n'ai aucune envie de lui offrir une transfusion, l'idéal serait qu'il disparaisse et laisse ses militants faire enfin des choix, dignes et neufs.<br /> Geneviève Sabathé<br /> ex-porte parole des CUAL de l'Hérault
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