2ième partie : Pour une gauche de transformation sociale et écologique

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

Pour une gauche de transformation sociale et écologique

 

Devant ce paysage de contraste, vraiment,

une impression frappe :

« L’homme naît libre, et partout il est dans les fers »

comme pouvait dire Rousseau (Le Contrat social)


Alors que le monde marche à ce point sur la tête et de manière aussi insupportable, au sens propre, comment se fait-il que perdure la domination des maîtres du monde ? Pourquoi sommes-nous politiquement battus, avec des régimes de droite particulièrement violents (Sarkozy, Bush, Berlusconi et bientôt quelle Mme Thatcher ?) dans des processus démocratiques ? Quasiment partout, l’absence de projet alternatif de gauche, le renoncement des forces socio-libérales et la faiblesse des forces de transformation sociale et écologiques ne leur ont-elles pas ouvert la voie ?

Ou sont passés les perspectives, ou l’espoir de construire un avenir meilleur ?

Le grand problème posé est donc : comment passer de la colère sociale à la réalisation d’une politique conforme aux attentes ? Or, le monde du travail vit dans un univers de morcellement. Il s’agit de passer d’une expérience fragmentée de la vie à une demande globale et cohérente à l’égard de l’organisation sociale et politique.

Ce système social, économique, politique n’est pas aménageable, car il est un système de domination dédié à l’accaparement par quelques-uns des richesses du monde. Liberté et libéralisme économique, égalité et capitalisme mondialisé s’y contredisent frontalement.

Les ruptures sont nécessaires. Elles s’expriment déjà dans les révoltes qui révèlent les contradictions du système.

Retrouver les fondamentaux, c’est savoir reconnaître, puis porter jusqu’au bout du changement la nouveauté des propositions forgées par les luttes. Pour une société régie par une autre logique.

L’économie gouverne nos sociétés, nous enseigne-t-on. Comme si les choix politiques, sociaux, économiques, scientifiques et techniques ne dépendaient pas de quelques centaines ou milliers de puissants dirigeants de multinationales exerçant leurs pouvoirs à travers des rapports de dépendance et l’utilisation à leur profit d’institutions internationales. Nous ne pouvons nous laisser dominer par ce qu’il faut bien appeler une « classe » La révolte, le refus, les résistances, qui dans la réalité font bouger le monde, n’appartiennent pas à l’ordre économique. Et celui-ci doit être encadré par toutes les formes de socialisation et de démocratisation. C’est l’une des conditions décisives pour pouvoir proposer des biens utiles écologiquement et socialement.


Une autre citoyenneté


L’émergence d’une citoyenneté plus exigeante donne une dynamique nouvelle aux luttes pour la transformation sociale et écologique, plus créative. Celle-ci se décline d’abord dans la possibilité d’être avec les autres, à égalité, dans une même société riche de nos diversités. Elle suppose que tous les étrangers aient les droits civiques et, à leur demande, les droits politiques. Ce faisant, cette nouvelle citoyenneté donne d’autres formes aux conflits de classes.

Le développement économique capitaliste s’englue dans cette contradiction, au moment où il se déploie en capitalisme immatériel, cognitif, avec une emprise de plus en plus intime sur les compétences humaines. Choisir l’angle de vue de l’humanité, de la réponse à ses besoins et ses aspirations, telle est la seule modernité durable. Elle peut passer, aujourd’hui, par les forums sociaux mondiaux, régionaux, par les mouvements écologiques et pour un autre type de développement ; car ceux-ci, en lien avec les mouvements syndicaux et tous les mouvements populaires, doivent être écoutés par des institutions internationales réformées dans le respect des droits humains, de l’environnement et de l’avenir de la planète.

Une gauche digne de ce nom ne saurait se positionner en gestionnaire humanitaire dans un système qui nie l’humain. Ce serait refuser aux résistances et aux révoltes sociales et écologiques leur sens et leur force aux valeurs de l’humanisme. Ce serait refuser une traduction dans le champ du politique ; refuser une véritable modification des rapports de forces ; refuser à tous ces petits ruisseaux de se rassembler dans la possibilité d’un avenir humain.

Militantes et militants, organisés ou pas dans des partis politiques, citoyens, il faudra bien tirer au clair la crise durable des vieilles formes d’organisations politiques. Résumons quelques éléments de ce débat. L’un des premiers, vient de l’absence, depuis des années, de la part des partis de gauche de véritables propositions connues pour changer ce monde, alors même qu’ils en critiquent les politiques de droite. Veut-on reconnaître vraiment le droit à l’emploi et à de nouvelles conditions et rapports de travail ? Y voyons-nous la condition pour socialiser les richesses et les moyens de produire ? Peut-on prendre en compte à la fois des richesses sociales et collectives et un monde vivable ? Ou bien faut-il déléguer ces soucis à des « experts » qui prendront en charge l’art du possible dans le cadre du système ?

De même, pouvons-nous développer à l’échelle mondiale une politique économique, sociale, culturelle, énergétique, écologique différente, et construire de nouveaux rapports Nord-Sud et un monde de paix ? Une mobilisation pour éradiquer la menace permanente de guerre est-elle réaliste ?

Une socialisation et une démocratisation des principaux moyens de production, et d’échange restent-t-elles d’actualité, ou bien la gauche se contente-t-elle d’être un discours secondaire vaguement correctif et faiblement audible parmi les gestionnaires d’un monde capitaliste continué.  Ce débat est la condition pour ne plus gaspiller l’avenir de la planète et selon les réponses à ces questions, une nouvelle société se profile ou non. Voilà qui justifie une construction politique prenant sa place dans les mobilisations tout en poursuivant une élaboration culturelle et politique. Transformer le monde ne peut se faire sans un concert à plusieurs voix.

Nous avons eu affaire à des partis d’encadrement de masse et de délégation de pouvoir qui ont été au fil du temps transformés par les institutions politiques que ces partis visaient initialement à transformer. La notion même de représentation politique s'est modifiée dans le sens d'une séparation accrue représentants-représentés.

Cela peut-il changer ? De nombreux membres de ces partis, des élus, en discutent, plus encore de personnes hors de ces organisations. Certains explorent ou expérimentent des formes nouvelles de démocratie active. Chercher à reconstruire les perspectives politiques passera par ces discussions, brassant des cultures complémentaires, de l’écologie politique à un marxisme critique renouvelé, mais aussi des exigences du féminisme et des réformes radicales permettant la diversité des aspirations des être humains en temps libre et en diversité des relations.

Ne pas refermer ces questions fera dépasser la crise des partis de la gauche : ni clos dans la gestion, ni clos dans la dénonciation sans perspective. Mais, alors, de tels partis seront capables de ne pas s’enfermer dans les promesses de « la croissance » pour participer à une lutte sociale et écologique d’importance : remplacer le système capitaliste par d’autres objectifs historiques, Une nouvelle culture de lutte, pour sortir des menaces de la barbarie : au nom de l’avenir de la planète et d’un principe simple selon lequel l’épanouissement de chacune et chacun est la condition pour la meilleure vie et l’enrichissement de tous et toutes. Les formes de partis, d’organisation, de mouvement, évidemment, doivent donc être discutées : il s’agit bien de construire un espace politique nouveau.

Construire maintenant un processus ouvert

Ici et maintenant, sans attendre, il est urgent de se rassembler et de construire ensemble les éléments cohérents d’une autre vision de la société, d’un autre projet politique, à la fois concret et porteur d’une vision de l’homme. L’urgence est là, dans ce décalage insupportable entre l’espoir qui se construit notamment dans les luttes, et l’absence de construction politique.

 

La question politique devient à la fois la question des pratiques démocratiques, de la lutte pour la réaffirmation de la démocratie pour toutes et tous, et la question d’une utopie concrète, c'est-à-dire de la possibilité de situer l’immédiat dans la perspective d’une autre organisation sociale où les aspirations deviennent force motrice de la société. Cette organisation doit permettre à des situations diversifiées voire éclatées de produire du commun.

Cette question est celle du ou des pouvoirs. Elle implique de s’interroger de manière critique sur ce qui relève de la dépossession et de la domination, que ce soit le modèle de l’État ou celui de la propriété des leviers de l’économie. Il devient donc nécessaire de penser dans le mouvement l’émancipation de chacune, de chacun, et l’Europe, le monde.

Rendre accessible à la citoyenneté les pouvoirs d’élaboration, d’intervention et de décisions passe par une conception de la politique qui considère que tous les mouvements sont potentiellement producteurs de politique. La gestion collective et démocratique de  nos sociétés est non seulement possible par la diffusion des savoirs mais aussi nécessaire : un petit groupe de spécialistes ne peut prétendre  à la capacité suffisante à la gestion des systèmes de plus en plus complexes ; l'incapacité  à assumer  les nécessités écologiques en est un exemple dramatique. Les moyens pour un contrôle collectif, socialisé et démocratique sur les nouveautés scientifiques et techniques doit faire partie des garanties institutionnelles et de la diffusion des informations et de la culture.

La gauche se doit de sortir des ambiguïtés, de s’extirper des dominations idéologiques, pour s’attacher aux grands enjeux du nouveau siècle. Une gauche porteuse d’alternatives à ce système doit refuser le ralliement au néolibéralisme dont les partis socialistes ont porté la responsabilité depuis des années. Les résistances humaines sont, l’histoire nous l’a appris au travers des cataclysmes aux dimensions mondiales, les meilleurs garde-fous contre l’emballement des logiques inhumaines. La gauche à transformer et rassembler ne part pas de zéro. Elle a su dans les temps les plus difficiles de l’histoire du monde, assumer la responsabilité des valeurs qui font de l’individu un insoumis. Dire non et contre-proposer.

Mais, quand les rapports de force sont là, le capitalisme parvient à s’approprier les limites salutaires que posent les consciences humaines, réussit à prendre une autre figure quand il ne peut plus « aller trop loin » sans casser la corde, Le peuple de gauche, lui, reprend trop souvent ses résistances et ses luttes à leur point de départ. Nous ne devons pas faire comme si la restauration du passé était notre but.

De nouvelles formes d’organisation sont nécessaires pour constituer et consolider un mouvement ouvert et multiforme, réactif, démultiplié, ainsi que de nouvelles formes de militance.

Quelle difficulté d’abandonner un vocabulaire guerrier qui met en évidence davantage une discipline de soldat que la créativité foisonnante d’un mouvement qui s’invente ! Et dans le même temps, comment ne pas se raconter d’histoires sur la confrontation nécessaire avec des intérêts et des logiques qui ne cessent de passer l’homme et l’avenir de la planète par pertes et profits !

L’heure est à développer des réseaux permettant à chacun de participer au « tous ensemble », d’exister au travers de la circulation de tout ce qui aide à comprendre et à agir à égalité, avec toutes nos intelligences réunies.

Il faut aussi développer des espaces de rencontre entre les cultures et les expériences politiques, en encourager le métissage, tourner la réflexion critique vers l’action pour transformer concrètement la réalité, inventer de nouvelles pratiques diffusant les pouvoirs, du niveau local au niveau global.

D’où l’idée de préparer et réaliser, unitairement et au plus tôt, des États Généraux de toutes les forces, groupes de militants, réseaux de mobilisation, courants, partis, qui refusent que la gauche continue d’être dominée par le social libéralisme.

Nous émanons d’une diversité d’origines politiques, syndicales, associatives. Mais nos expériences récentes, y compris électorales, faites d’échecs et de reculs, nous amènent à penser qu’il faut faire autrement. Nous assumons donc notre diversité comme une richesse et un atout pour que la diversité des dominés puisse construire un projet solidaire et une force politique. Nous souhaitons que cette diversité ne cesse de s’élargir.

Avec cette contribution, en convergence avec les espaces existants et les initiatives comme celle lancée par Politis, nous voulons « mettre en actes » politiques dès maintenant, sans attendre, dans un processus de construction qui s’inscrit dans la durée, y compris dans le temps électoral.

Nous avons conscience que les difficultés sont nombreuses et qu’il nous faudra trouver des formes vivantes d’organisation en réseau qui permettent de préserver avec l’action collective, la créativité et la novation de la révolte individuelle qui font gagner David face à Goliath. Et parvenir à se garantir de ne pas se laisser « vampiriser » par les formes anciennes et dominantes du pouvoir.


La rue, les urnes


Il y a tant à transformer ! Et tant d’énergies à mobiliser, qui ne le feront que pour avancer un projet de transformations dont les divers aspects peuvent être portés ensemble tout en ayant des histoires et des origines différentes. Unir des différences autour d’objectifs communs, développer une solidarité des luttes et discuter publiquement des objectifs qui rassemblent, voilà la forme de construction qui peut donner l’impulsion et contribuer au changement de société. En développant cette dynamique en France, comme en Europe pour les prochaines élections européennes, et en dialogue permanent avec l’ensemble des forces des Forums sociaux.


Les échéances européennes - du début de la présidence de l'Union par Sarkozy, le 1er juillet 2008, à la tenue des élections au Parlement européen en juin 2009 - constituent un terrain essentiel pour la construction d'une alternative politique.

Elles le sont parce que le libéralisme ne connaît pas les frontières nationales et parce que la construction européenne telle qu'elle est orientée constitue un vecteur essentiel  de légitimation de la casse du modèle social français, sur fond de dépossession des citoyens et d'affaiblissement des Etats.

Elles le sont parce que les solutions à inventer - pour la paix, le développement humain, social, économique, culturel...- doivent être solidaires et que les batailles à livrer pour une réorientation fondamentale de la construction européenne supposent des mobilisations transnationales, et de plus en plus globales.

Elles le sont parce que face au capitalisme sans rivage, à la "guerre des civilisations", aux logiques néocoloniales, l'Europe pourrait être un acteur majeur pour qu'un autre monde soit possible.

Elles le sont parce que des forces existent dans tous les pays de l'Union pour d'autres choix, et seule leur convergence peut ouvrir de nouveaux horizons, dans le prolongement des mouvements sociaux actuels.  

Elles le sont enfin parce qu'il importe que s'expriment jusque dans les institutions, notamment au Parlement européen, les voix des sans voix, pour conquérir des droits, mettre la construction européenne au service des êtres humains plutôt qu'au service des multinationales, et changer les rapports internationaux

C'est bel et bien un projet populaire pour une alternative en Europe qu'il s'agit de travailler.

Pour mener ces combats, comme pour développer les formes de solidarités dans les luttes ne séparant pas la résistance des contre-propositions alternatives, il faut s’appuyer sur le neuf, entraîner de vieilles formes d’organisations et parvenir à un espace politique de type nouveau, une formation politique dont le besoin est visible.

Nous agissons donc sans attendre.


Pour un cadre d’action unitaire


Il s’agit dans un premier temps de créer un cadre d’action, de réflexion et d’expression politique ; il regroupe les citoyens qui y adhèrent, qu’ils soient ou pas membres d’organisations, celles-ci s’inscrivant au sein de ce cadre politique pour y apporter leur expérience, prendre leur place dans les activités, qu’il s’agisse du soutien aux luttes et aux résistances, de l’élaboration de contre-propositions, ou de la préparation des échéances électorales, européennes, puis régionales.

Il sera évidemment entendu de laisser subsister, autant qu’ils le souhaitent, les divers courants, tant que l’expérience ne les conduit pas à fusionner ou à se dépasser. Les cultures politiques peuvent bouger et s’enrichir progressivement, en lien avec la pratique. Voilà l’urgence : un cadre inscrit dans la durée, fondé sur des engagements communs dès maintenant et permettant à terme un rassemblement politique, un espace politique nouveau

Face aux enjeux du monde, une démarche de transformation sociale portée par la gauche est nécessaire, et même salutaire. Donnons-nous en les moyens. C’est à cela que nous voulons travailler avec tous ceux et toutes celles qui pensent qu’il est grand temps de réinvestir l’espoir d’un monde meilleur, du progrès, en choisissant le seul point de vue qui le permette : celui de l’humain.

Publié dans Politiques

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
Cher-e-s camarades,<br /> Je suis désorienté par tant d'appels à la nouveauté dans un monde de plus en plus classiquement divisé en classes. Une classe des salariés et non un "monde du travail" contre la classe capitaliste. J'ai toujours travaillé ...et chômé, dans l'industrie et sur les chantiers. J'ai même du mal à comprendre les phrases longues et le sens pratique du mot "logique". D'un coté, Sarko applique concrètement, avec férocité et méthode un plan anti-social, de l'autre, il faudrait réinventer les luttes "sociétales" et les organisations politiques et syndicales issues de plus d'un siecle de résistance et de combats. Ces organisations ont-elles disparu avec leurs combats glorieux de millions de salariés? Leurs, nos dirigeants élus ne sont-ils pas encore là et chargés d'appliquer des motions de congrès et d'organiser, de mobiliser pour leur application? <br /> Certes, nul n'est infaillible et la victore n'est pas obligatoire. En d'autres temps, on osait critiquer et analyser ensemble les occasions et les combats perdus et leurs responsables sans que l'unité fut en jeu. Aujourd'hui, les débats semblent plus feutrés.<br /> Alors, parlons clair et bien carré.<br /> Le texte Braouzec-Zarka fait table rase du passé et du présent organisationnel des lutes. A part un coup de patte contre les dirigeants politiques, il n'est que fatalité incontournable des nouvelles caracteristiques du mouvement social. Pas d'UL, d'UD, de fédé, d'organisations et de conseils élus. La "base", le "mouv", éternelles excuses et fautifs perpétuels de l'impossible résistance. Tant il est vrai, déjà, que les confédérations avaient oublié d'appeler a la greve generale en 1968. <br /> Le remède? Respecter la réalité du combat social. Faire face à l'offensive Sarkozy et à son refus de donner le moindre "grain à moudre" aux salariés, pêcheurs, chauffeurs, etc. Eviter la diversion et la dispersion. Arreter de rendre les politiques responsables des reculs sociaux peundant que ces derniers en rendent responsables les dirigeants syndicaux ou la passivité sociale. <br /> Ils, nous, gagnons ou perdons ensemble. Il n'est pas temps d'imaginer une société, un peuple, un parti nouveau. C'est dans les semaines et dans les mois qui viennent qu'il faut défendre les acquis du conseil national de la resistance. Il faut faire front avec toutes les tendances populaires nées en un siecle et qui ne disparaitront pas demain. <br /> S'en exclueront naturellement celles qui, comme la direction Hollande, ont préféré en 2005, le oui au TCE avec Sarko. <br /> L'unité d'action, sa preparatiion, son organisation, c'est, pour moi, le "grain à moudre" du "cadre" demandé par les signataires de l'appel "Politis".
Répondre