Rebond : à partir d'une réponse de Rémy Jean sur LCR et unité de la gauche avec le PS, rappel historique par Bernard Floris, Louis Sénéchaud, Daniel Mino, Etienne Adam

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

C'est un grand débat sur lequel nous aurons l'occasion de revenir plus longuement dans le cadre de la construction de l'alternative à gauche qu'il s'agit d'organiser.
 
Je me limiterai pour te répondre à poser la question suivante : quelles forces voulons-nous rassembler ?
 
Ma réponse personnelle est qu'il faut rassembler tout l'arc des forces de gauche qui refusent le social libéralisme, c'est à dire l'orientation politique actuelle de la direction actuelle du PS. Cet arc de forces comprend à mes yeux : le PC et les différents courants oppositionnels qui s'y réfèrent, la LCR, les autres formations d'extrême gauche, les altermondialistes, nos collectifs, la gauche des Verts, les Alternatifs, les courants antilibéraux qui agissent au sein du PS (PRS, Forces Militantes, Démocratie et Socialisme....). Ce rassemblement ne devrait pas être un cartel de courants politiques, mais un mouvement reposant sur un engagement militants citoyen dans des collectifs de base où chacun compterait pour un. Voilà pour moi l'objectif.
 
Parmi ces forces que je cite, certaines comme la LCR considèrent que tout accord y compris local avec le PS est à proscrire, d'autres (à vrai dire la plupart des autres) considèrent que des accords avec le PS sont envisageables dans certains cadres et dans certaines conditions. Le PC, Les Verts, Les Alternatifs et même LO (pour ne citer qu'eux) ont passé, par exemple, des accords municipaux avec le PS. C'est aussi le choix qu'a fait mon collectif à Aix. Cela doit-il être considéré comme une capitulation devant le PS ou devant le social libéralisme ? C'est un débat. Tout à fait légitime. C'est évidemment un point de divergence. Mais cela doit-il être un obstacle insurmontable au rassemblement de l'arc de forces de la gauche antilibérale ? Ma position est : non, ça ne doit pas être un obstacle, on est pas obligé d'être d'accord sur ce point pour se rassembler.
 
La position de la LCR est : oui, c'est un obstacle insurmontable et elle demande aux CUALS dans le dernier n° de Rouge "Avec ou sans le PS, il faut choisir !".
 
Voilà le désaccord avec la Ligue.
 
Plus complexe est la question des relations avec le PS sur le plan national. Je n'ai pas le temps de l'aborder ici. Je reste pour ma part totalement d'accord avec ce que nous écrivions à ce sujet dans le texte "Ambition Stratégie" adopté par les collectifs en septembre 2006 et que je joins pour mémoire à ce message.
 
Salut.
 
Rémy Jean

 

Collectif d’initiative national pour un rassemblement antilibéral de gauche

et des candidatures communes


« Ambition-Stratégie-Candidatures »


Texte adopté par la réunion nationale des collectifs unitaires et populaires

le 10 septembre 2006 à Saint Denis.

 

 

Nous voulons que ça change, et que ça change vraiment.

Il y a urgence !



Cela fait trop longtemps que durent le chômage de masse, la précarité, le démantèlement social, les atteintes aux libertés, les inégalités en particulier entre les hommes et les femmes, les discriminations de toutes sortes. Les politiques libérales ne servent que les intérêts d’une minorité et ont des conséquences très négatives pour la majorité des personnes, et particulièrement pour les femmes. Ces politiques, mise en œuvre de la mondialisation libérale, aggravent les inégalités entre les peuples, menacent la paix mondiale et mettent en péril l’avenir de l’humanité par la dégradation générale de notre écosystème.


Depuis cinq ans la droite au pouvoir mène une offensive sans précédent. Le gouvernement n’a cessé d’être sanctionné par le peuple, mais n’a jamais voulu tenir compte de la volonté populaire qui s’exprime majoritairement contre le libéralisme. Il a même aggravé sa politique comme en témoigne son projet de privatiser GDF. Cet acharnement à gouverner contre le peuple entraîne un véritable état d’urgence politique. Aujourd’hui, la droite veut obtenir un nouveau mandat à la présidence et à l’Assemblée, pour amplifier la destruction du modèle social hérité de la Libération et des grandes conquêtes sociales, une politique lourde de dangers pour les droits et les libertés. Nous le refusons. Tout comme nous refusons et combattons la politique et le racisme de l’extrême droite. Il est urgent de battre la droite et l’extrême-droite et d’ouvrir une nouvelle voie à gauche autour d’une politique qui réponde enfin aux attentes populaires.


Militantes et militants politiques, syndicaux, associatifs, et plus largement citoyens engagés, nous avons été ensemble ces dernières années dans les luttes contre les offensives de la droite et du patronat. Nous avons mené ensemble la campagne pour le Non de gauche au traité constitutionnel européen, en contribuant à une dynamique commune des forces antilibérales qui a permis la victoire du 29 mai. Ce rassemblement, cette victoire expriment un espoir : elles appellent une perspective politique à la hauteur.


1 – Battre la droite - Ouvrir une autre voie à gauche


Nous voulons répondre aux aspirations populaires à vivre mieux exprimées par ces luttes et par cette victoire. Pour cela notre objectif est de battre la droite et l’extrême droite. Il est que la gauche gagne et qu’une vraie politique de gauche soit mise en œuvre, ce qui implique de rompre avec le libéralisme et d’ouvrir une perspective nouvelle de transformation sociale, environnementale et démocratique..


Depuis des années, la gauche est traversée par deux orientations contradictoires qui se sont notamment exprimées à l’occasion du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen : l’une, sociale-libérale, d’acceptation et d’adaptation au libéralisme et à la mondialisation capitaliste ; l’autre en rupture avec le libéralisme et porteuse de propositions de transformation sociale et démocratique, et d’un projet de développement qui rompe avec le gaspillage lié à la course au profit. C’est cette orientation alternative que nous voulons faire vivre et développer pour qu’elle devienne majoritaire à gauche et dans le pays. La bataille du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen a montré que seul l’antilibéralisme peut à la fois rassembler une majorité à gauche et mobiliser l’énergie populaire pour le changement. A l’inverse, le social-libéralisme fait obstacle au rassemblement du peuple de gauche, il désespère les catégories populaires et débouche sur l’incapacité puis le renoncement pur et simple à transformer l’ordre des choses.


Un tel changement en profondeur de la donne politique et du rapport de force à gauche est possible. Le libéralisme est rejeté dans les luttes, les urnes et les sondages : depuis 1981, les majorités législatives sortantes, de droite ou de gauche, ont été systématiquement sanctionnées, de nombreuses luttes de résistance ont eu lieu, notamment en novembre-décembre 1995 (plan Juppé). Le vote du 21 avril 2002 a sanctionné une politique de la gauche au pouvoir qui s’accommode du système, ne règle pas les grands problèmes sociaux et désespère les couches populaires. Les luttes du printemps 2003 (retraites), du printemps 2006 (CPE), les révoltes des quartiers populaires, le vote du 29 mai ont affirmé le besoin d’une remise en cause radicale de la logique du système dominant. Pour ne pas décevoir une nouvelle fois, une politique de gauche doit rompre avec le libéralisme sous toutes ses formes.


Nous voulons gagner, construire une démarche à vocation majoritaire sur un programme de rupture avec le libéralisme et dans ce cadre mettre en œuvre une politique de transformation sociale. Cette politique doit considérer la survie de l’humanité sur la planète et s’affronter aux dérèglements écologiques. Notre objectif est celui d’une alternative vraiment sociale, démocratique, écologique, anti-discriminations : une société basée sur la réalisation des droits humains, la justice sociale, l’égalité entre hommes et femmes, la préservation de l’environnement, la participation citoyenne.


Nous voulons rassembler les forces antilibérales de gauche et créer une dynamique populaire et citoyenne autour d’un projet, d’une stratégie et de candidatures communes aux élections présidentielle et législatives. Nous voulons que les idées de la rupture avec le libéralisme et de l’alternative soient majoritaires à gauche et dans le pays. Nous voulons encourager les mobilisations sociales, appuyer sur elles notre action politique, offrir un débouché politique aux résistances et construire ensemble la transformation sociale.


La Charte des collectifs du 29 mai constitue un socle commun aux différentes forces de la gauche du Non et montre qu’il est possible de porter ensemble des propositions alternatives ambitieuses. C’est un point d'appui à partir duquel nous travaillons à l’élaboration d’un programme apportant des réponses aux exigences populaires. Ces propositions constituent un projet d’émancipation pour l’ensemble de la société. Elles doivent répondre particulièrement à la souffrance sociale ; offrir des perspectives à toutes les victimes des politiques libérales ; mobiliser les couches populaires.


La division des forces antilibérales serait désastreuse. Des millions de nos concitoyens seraient privés d’une représentation politique à la hauteur de leurs attentes. Elle renforcerait l’abstention, le pseudo « vote utile » et la bipolarisation. Elle refermerait l’espace ouvert par le vote du 29 mai et la victoire contre le CPE, boucherait l’espoir d’une alternative et serait un atout pour la droite. Nos responsabilités sont considérables.


Notre objectif est une politique apportant des solutions durables aux grands problèmes de notre société, répondant aux besoins et aux aspirations populaires, donc la constitution d’une majorité et d’un gouvernement de gauche qui mènent une politique de rupture avec le libéralisme et développent une politique de transformation sociale, environnementale et démocratique.

 

Nous ne serons pas d’un gouvernement dominé par le social-libéralisme qui, dans sa composition comme dans son projet, ne se donnerait pas les moyens de rompre enfin avec le libéralisme, ne répondrait pas aux attentes. Le Parti socialiste, notamment, a adopté un programme qui tourne le dos à une rupture franche avec le libéralisme. Il est hors de question, pour nous, de négocier sur cette base un contrat de gouvernement dont l’action, décevant une nouvelle fois, déboucherait inéluctablement sur le retour d’une droite plus dure encore. De même, il est hors de question d’accepter l’idée proposée par le PS d’une « fédération de la gauche » autour d’une telle orientation.

 

Nous mettons en débat dans notre peuple et avec toutes les forces de gauche notre programme politique de rupture avec le libéralisme pour travailler à faire grandir une dynamique populaire en faveur d’un vrai changement. Cette dynamique prendra corps à la condition que les citoyens se reconnaissent dans des propositions fortes répondant à leurs attentes et si celles-ci sont portées par un rassemblement politique crédible. Pour cela, leur participation active aux processus d’élaboration et d’intervention que cela suppose est indispensable.


Nous entendons impulser une dynamique politique nouvelle, un rassemblement durable de toutes les forces antilibérales de gauche, en faisant converger toutes celles et ceux qui luttent pour l’émancipation. Plus cette dynamique prendra de l’ampleur, se traduira dans les urnes en 2007 et changera les rapports de forces à gauche, plus nous créerons les conditions pour que se constitue une majorité pour mettre en œuvre au gouvernement une politique de rupture avec le libéralisme.


Une telle politique se heurtera aux intérêts des forces et classes dominantes. Elle suscitera leur résistance. Sa réalisation sera le résultat d’un mouvement continu articulant mobilisations sociales et sociétales, débats citoyens et luttes politiques.


Dans le cas où nous ne participerons pas au gouvernement, notre groupe à l’Assemblée ne participera pas à une majorité constituée pour soutenir ce gouvernement, mais votera en faveur de toute disposition législative allant dans le sens des intérêts de la population. Nous utiliserons aussi notre force parlementaire, avec tous ceux qui seront partie prenante de mobilisations sociales, pour faire adopter un certain nombre de mesures positives ou retirer les mesures négatives ; pour faire transcrire notre programme dans la loi et dans les faits. Nous nous réservons d'apprécier et de discuter publiquement la manière dont agissent le gouvernement et sa majorité tout au long de la législature.


A la présidentielle et aux législatives, dans les cas où nos candidats ne seront pas arrivés en tête de la gauche au premier tour, nous nous mobiliserons pour battre la droite et l’extrême droite en appelant à voter pour le candidat de gauche le mieux placé, sans conditions ni négociations d’un accord politique entre les deux tours.



2 - Une campagne unitaire et populaire


Notre campagne commune s’inspirera de celle menée pour le rejet du traité constitutionnel européen ; une campagne de proximité au plus près des citoyennes et citoyens, exprimant et faisant s’exprimer les résistances et les aspirations qui émergent des luttes sociales, cherchant à dépasser la coupure entre mouvement social et réponses politiques. C’est la même dynamique unitaire et pluraliste que nous devons donner à voir dans les entreprises, les quartiers, les universités et les lycées, les meetings, les médias.


Notre campagne devra échapper à la dérive présidentialiste encouragée par les institutions, d’où l’importance du groupe de porte-parole que nous mettrons en place sur la base de l’accord unitaire conclu, de sa conception, de son rôle et de son travail collectif. Nous lions présidentielle et législatives en une même campagne et démultiplions ainsi les porte-parole.


Développer une dynamique populaire et citoyenne, autour du rassemblement unitaire, des propositions et des candidatures communes, est le levier essentiel pour bousculer la donne à gauche. L’unité des forces antilibérales de gauche est nécessaire pour crédibiliser notre démarche et « donner envie » aux citoyens de s’investir dans cette bataille. Comme lors de la campagne référendaire, c’est l’implication citoyenne qui sera le levier démultiplicateur de notre action.


Nous construisons des collectifs unitaires et populaires comme cadre d’implication des citoyens et outil de la campagne. Unitaires, cela signifie que nous visons à rassembler, sans exclusive, toutes les forces, sensibilités, personnalités, qui rejettent les politiques libérales et aspirent à une alternative (militants communistes, socialistes, d‘extrême-gauche, écologistes, alternatifs, altermondialistes, syndicalistes, associatifs, citoyens, etc). Populaires, cela signifie que notre ambition est d’aller au-delà des cercles de militants politiques et d’impliquer des dizaines de milliers de syndicalistes, d’associatifs ou de citoyens qui veulent apporter leur contribution à cette bataille. Nous voulons rassembler dans cette campagne les salarié(e)s et les populations victimes de la précarité, du chômage, des petits salaires, des discriminations et de la dégradation de l’environnement. ; ainsi que toutes celles et tous ceux qui se mobilisent pour un autre développement, respectueux de nos vies, de nos décisions et de notre environnement.


Nous mettons en discussion nos propositions programmatiques auprès du plus grand nombre comme nous avions fait discuter du traité constitutionnel européen. Nous voulons exprimer et faire s’exprimer les résistances et les aspirations qui émergent des luttes sociales. Ces propositions nécessitent une élaboration impliquant l’ensemble des collectifs, par exemple par des conférences nationales sur de grands thèmes. Cette démarche permettra ainsi l’appropriation par toutes et tous de nos propositions communes. Ce n’est que si les citoyennes et citoyens s’emparent de nos (leurs) propositions qu’elles pourront devenir majoritaires dans les urnes.


Notre démarche à vocation majoritaire implique de s’adresser à tous les électeurs et électrices et pas seulement aux cercles déjà convaincus. Nous voulons rassembler une majorité de notre peuple qui ne se retrouve pas dans les politiques libérales. Nous devons dissuader de l’abstention, gagner à nous une large partie de l’électorat socialiste, faire reculer l’influence de l’extrême droite. Le contenu des propositions programmatique et notre type de campagne répondent à cette conception : nous voulons donner à voir une autre politique et les moyens de cette politique que nous désirons mettre en œuvre.



3 - Procédure pour le choix de nos candidats


Pour la présidentielle, notre choix collectif se fera, en fonction de notre projet, de notre stratégie, de nos perspectives.


Par son profil, notre candidature symbolisera l’unité de notre rassemblement, portera le programme décidé en commun et partagera nos perspectives de rassemblement durable. Il ou elle s’inscrira dans un cadre de travail collectif pour la conduite de la campagne au même titre que l’ensemble du groupe des porte-parole, évitant ainsi une conduite présidentialiste.


Il paraît difficile de vouloir trancher cette question par un vote pour départager plusieurs candidats (quel corps électoral ? constitué comment ? ). La concurrence et la confrontation poussées au bout nous feraient courir le risque de fractures difficilement réparables.


Il faut débattre pour se convaincre et chercher à bâtir un double consensus : au sein des collectifs et entre les organisations pour choisir celle ou celui qui incarnera sur le bulletin de vote notre rassemblement. Le choix de notre candidature (au sein d’une équipe pluraliste de porte-parole) interviendra à l’automne en lien avec l’accord unitaire sur le programme, la stratégie, le rassemblement durable.


Aux législatives, nos candidats et candidates, à parité, devront refléter notre diversité (politique, sociale, culturelle, générationnelle…). Ce seront des personnalités enracinées, aux profils rassembleurs, des porte-parole pour notre rassemblement. Ils et elles émaneront le plus souvent des collectifs locaux, avec une harmonisation au plan national pour que les différentes sensibilités soient équitablement représentées.


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Nous ne partons pas pour faire un « coup » électoral. L’enjeu est bien plus vaste. Il s’agit de construire un rassemblement durable des forces antilibérales de gauche. Changer la gauche pour que ça change vraiment et durablement !



Saint Denis, le 10 septembre 2006.




POUR SE RAFRAÎCHIR LA TRISTE MÉMOIRE
(pièces "historiques" versées au dossier d'un débat)

Ce que dit Rémy des forces que nous voulons rassembler paraît tout à fait pertinent.
Mais, divine surprise, les rapports avec le PS, sont renvoyés au texte "Ambitions-stratégie" des Cuals "canal historique" !
D'où les petits rappels suivants :

- Proposé aux collectifs avant la coordination nationale de Saint-Denis en septembre 2006, le projet de texte "Ambition-stratégie"  disait notamment :
"Nous ne serons pas d’un gouvernement dominé par le social-libéralisme qui, dans sa composition comme dans son projet, ne se donnerait pas les moyens de rompre enfin avec le libéralisme, ne répondrait pas aux attentes. Le Parti socialiste, notamment, a adopté un programme qui tourne le dos à une rupture franche avec le libéralisme. Il est hors de question, pour nous, de négocier sur cette base un contrat de gouvernement dont l’action, décevant une nouvelle fois, déboucherait inéluctablement sur le retour d’une droite plus dure encore.

- Le 5 septembre 2006, le site des candidatures unitaires publiait le CR de l'Ag des collectifs des BdR qui proposait l'amendement suivant (lequel explicitait le souci de maints collectifs) :
"Les choix stratégiques qui ont conduit la direction du PS au vote « oui » du 29 mai, et ont abouti à son programme actuel soutenu unanimement par ses dirigeants, diffèrent profondément de notre programme antilibéral. Il est donc hors de question, pour nous, de négocier un contrat de gouvernement ne rompant pas franchement avec le libéralisme et de s’engager dans une coalition gouvernementale et parlementaire avec le PS, dont l’action, décevant une nouvelle fois, déboucherait inéluctablement sur une droite plus dure encore."

- le 10 septembre 2006, cet amendement ne fût pas soumis au vote, et la formule ambiguë du texte initial fût maintenue, car le Pcf en faisait un point de rupture. La suite a montré où menait ce genre de compromis : coup de force (manqué) du Pcf et prétexte pour la Lcr de faire cavalier seul.

- Le 21 janvier, après le retrait du Pcf, la déclaration de Montreuil sortait du flou artistique :
"La candidature de Ségolène Royal qui accentue le caractère social-libéral de la campagne du PS, tourne le dos aux exigences populaires et aggrave le divorce entre la colère sociale et l’offre politique. Son orientation sociale-libérale démontre l’impossibilité d’envisager un accord gouvernemental ou parlementaire avec le PS." (ce qui ne fût encore pas suffisant pour la Lcr).

- Le 10 décembre, dans le texte politique des assises, je m'aperçois avec surprise que nous n'avons pas repris cette précision.  Évidence acquise ou bien acte manqué ? Va t-il falloir que nous le rappelions ou bien est-ce-devenu caduque ? L'évolution du PS infirmerait-elle l'impossibilité actuelle d'une alliance gouvernementale ou parlementaire ? Faut-il ignorer le désir d'une nouvelle gauche plurielle par certain-e-s signataires de l'appel Politis ? Serait-ce un "préalable" gênant pour la dynamique du rassemblement ?

Attention : débat délicat mais urgent.

Bernard Floris


Bonjour,

Le débat qui se développe à l'occasion du départ de Jean-Robert Velveth autour des relations avec le PS me paraît central. Cette question a joué un rôle majeur dans l'attitude de la LCR et du PCF pendant la séquence 2006, et peut-être n'avons-nous pas encore entièrement "purgé" ce débat, alors qu'il sera absolument indispensable de l'avoir fait pour aborder en toute clarté la séquence des Etats Généraux, que ce soit à l'échelon local ou national. Ce devrait sans doute constituer un des éléments-clés du bilan que les Assises ont demandé, et il est heureux qu'un débat approfondi s'engage entre nous à ce sujet.

Il apparaît de plus en plus clairement que les ambiguïtés entretenues par certains membres de l'ex-CUIN sur l'éventualité d'accords nationaux avec le PS, par compromission avec le PCF, dans la plus grande opacité, ont été une des causes majeures de l'échec de 2006.

Mais a contrario, la clarification opérée par la CN de Montreuil en janvier 2007, rendue possible par le départ du PCF, met bien en lumière que la LCR avait pris prétexte de ces ambiguïtés pour ne pas entrer dans le processus unitaire, puisque rien n'empêchait plus Besancenot de passer un accord avec nous sur une candidature commune et de lui transférer, le cas échéant, ses parrainages (comme il s'y était engagé). Point n'aurait été besoin d'appeler ensuite au NPA, il se serait fait tout seul !

La situation paraît pouvoir se résumer ainsi : le PCF a un (très gros) problème dans son positionnement par rapport au PS, et la LCR en fait un (fallacieux) prétexte pour rester dans son superbe isolement, dont il est à craindre que le NPA ne la fasse pas sortir.

Il y a là une dialectique fine que ni Jean-Robert Velveth, ni Raoul-Marc Jennar, ne semblent saisir. Or, il me semble que nous pouvons nous en saisir nous-mêmes pour, à la fois aiguiser les contradictions insurmontables qui traversent le PCF, et révéler en pleine lumière chaque fois que c'est possible que l'attitude de la LCR est une "radicalité de posture".

Mais encore faut-il que nous soyons absolument clairs avec nous-mêmes. Je trouve très malheureux, par exemple, qu'un Raoul-Marc Jennar ait pu écrire à Daniel Bensaïd qu'il y avait parmi nous des gens qui croyaient pouvoir changer le PS de l'intérieur, et Bensaïd s'y est évidemment engouffré. Voici comment on alimente les rationalisations fallacieuses de la LCR !

Mais par quel cheminement se trouve-t-il que, sur un sujet aussi sensible que les relations avec le PS, nos Assises n'aient pas repris la résolution de la CN de Montreuil, comme le découvre Bernard ? Si c'est bien une erreur, alors il faut la corriger sans délais, il en va de notre crédibilité.

Mais ceci concerne l'exclusion d'accords nationaux avec le PS, et il en va tout autrement au niveau local, et c'est là que nous pouvons nous opposer concrètement à la "radicalité de posture" de la LCR. Par exemple, la position de Rémi à Aix me paraît impeccable, et je suis heureux qu'il s'en soit expliqué, répondant ainsi aux critiques de certains camarades (dont Jean-Robert en particulier).

L'unité à laquelle nous aspirons n'est pas un objet d'incantation, mais quelque chose qui doit s'élaborer dans des rapports concrets avec nos partenaires partout où c'est possible, en travaillant leurs contradictions afin de lever les obstacles à l'unité.

Interdiction d'accord nationaux avec le PS, possibilité d'accords locaux sur des enjeux stratégiques clairement évalués, voilà la position qui semble se dégager de nos débats :

- vis-à-vis du PCF, elle clarifie les choses et le contraint à se déterminer (ou plutôt le conduira à un éclatement sans doute inévitable)
- vis-à-vis du PS, elle permet des alliances locales avec ses militants opposés à la dérive de leur parti, avivant ainsi les contradictions internes à ce parti, tout en opposant résolument une fin de non recevoir aux instances nationales (idem avec les Verts)
- vis-à-vis de la LCR, elle nous dégage de toute accusation de compromission tout en mettant en lumière la rigidité de leur posture, et son côté finalement anti-politique, anti-dialectique. D'autant que des accords restent toujours possibles localement avec leurs éléments les plus indépendants (Clermont-Ferrand, etc.)

Cette position, si elle fait accord entre nous, ne mériterait-elle pas d'être reconfirmée en coordination nationale ? Cela me semble indispensable pour notre démarche en vue d'Etats Généraux. Mais aussi pour notre approche de l'appel de Politis, vu comme un maillon de la chaîne devant conduire aux Etats Généraux.

Amicalement,

Louis (ex-Paris 20, maintenant CUAL71)



Je partage aussi cette exigence

 

Nous avions d’ailleurs proposé des amendements sur le texte politique des assises qui précisaient les responsabilités du PCF et de la LCR. Ils ont été écartés, par qui ?

 

 

Formulaire amendement Nom collectif : CAP à gauche Chablais 74 Date :19/10/07

Texte (projet politique ou projet fonctionnement) : projet politique

Type d'amendement (ajout, suppression ou modification) : ajout

Chapitre + paragraphe + alinéa (du, au) : La victoire de Sarkozy

Page + n° lignes dans la page (du, au) p2 bas de page

Lignes initiales :


Et échec de la gauche…dans la dispersion

Amendement :


Dans cet échec, la responsabilité des partis se réclamant antilibéraux ne peut être effacée : la LCR en refusant de participer au rassemblement unitaire, le PCF en voulant imposer la candidature de sa dirigeante contre l’avis des autres composantes

Explications :


On ne peut pas dénoncer la responsabilité du PS et ne pas rappeler celles des partis qui par leur attitude ont sciemment sabordé la dynamique unitaire. Le taire, c’est s’engager dans une nouvelle démarche floue qui mènera aux mêmes désillusions. Les analyses et propositions de ces deux partis depuis l’échec ne plaident d’ailleurs pas en leur faveur.

Formulaire amendement Nom collectif : CAP à gauche Chablais 74 Date :19/10/07

Texte (projet politique ou projet fonctionnement) : projet politique

Type d'amendement (ajout, suppression ou modification) : ajout

Chapitre + paragraphe + alinéa (du, au) : rassembler celles et ceux…

Page + n° lignes dans la page (du, au) p4 bas de page

Lignes initiales :


Les différences et les divergences ….durables.

Amendement :


Loin d’être un obstacle, elles doivent au contraire être un enrichissement et un atout pour construire un projet novateur, pour peu que l’écoute, le dialogue et la réflexion prévalent sur la volonté d’imposer ses idées

Explications :


Il est important de préciser que nous ne pourrons travailler efficacement ensemble si nous plaçons nos désaccords sur le plan du rapport de force et non sur la recherche, non de compromis au rabais mais de solutions intelligentes aux problèmes posés, (expl : productivisme, décroissance, nucléaire, laïcité… )



Je crois de moins en moins à la démarche de type « états généraux » Il me semble préférable de réfléchir à une démarche de type CNR, élaborant des propositions pouvant être mises en débat, enrichies et validées en continu par les collectifs, ce qui n’était évidemment pas possible dans les conditions de clandestinité de la Résistance. Mais nous ne pourrons pas construire un projet politique nouveau à la hauteur des défis d’aujourd’hui sans centraliser son élaboration, en s’appuyant aussi sur des experts sous la forme de quelque chose du type « conseil scientifique d’Attac »

 

Quelque soit notre désir d’autogestion, un projet novateur ne pourra être élaboré dans chaque collectif.  Or c’est dans la construction de ce projet et dans l’acceptation de mesures radicales à la hauteur des enjeux que nous pourrons aussi mesurer la réelle volonté unitaire des uns et des autres.

 

Daniel Mino

"il y a pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles" 

Quelques réfléxions pour essayer d'avancer ensemble sur ce sujet qui  plombe la gauche antilibérale  parce qu'il est difficile et que les habitudes  politiques pésent sur notre volonté de changement.

Je crois que la façon dont nous avons caractérisé le PS dans son évolution sociale libérale et le refus de participer à un gouvernement sous direction sociale libérale ne fait pas problème entre nous.

Les difficultés que nous rencontrons sur la question du PS ne viennent pas de là mais de différences d'appréciations sur d'autres sujets :

D'abord je ne suis pas sur que nous soyons d'accord sur l'avenir du PS: ceci entraîne des divergences stratégiques fondamentales. J'ai entendu certains dire que le PS était mort, qu'il n'y a plus de place pour une formation sociale libérale même très recentrée, que l'axe politique s'est déplacé à droite de façon irrémédiable. Sur le fond, mon expérience d'ancien syndicaliste confronté à une direction sociale-libérale montre qu'il y aune logique à céder toujours plus pour gagner moins et à abandonner le démocratie politique (et sociale comme le montre l'accord récent sur la représentativité). Ce qui se passe en italien semble leur donner raison, les concessions à droite ne sont pas payantes. Dans ces conditions, la priorité est bien de rompre avec le PS, de le prendre comme cible pour précipiter sa crise.

Mais si cette analyse est insuffisante, si la droite libérale autoritaire n'est pas encore en situation d'hégémonie absolue, si l'Etat Sarkozyste n'arrive pas à s'imposer et à casser l'ensemble des solidarités ( et dans un monde contadistoire rien n'est joué d'avance) une forme "démocrate-sociale » peut avoir encore pour un bout de temps un crédibilité et une utilité. Dans ce cas une dénonciation du PS n'a pas grande utilité et l'urgence est de lui opposer une alternative.

L'objectif n'est pas de faire changer le PS puisque nous voulons construire un mouvement politique à vocation majoritaire et non un groupe de pression pour agir sur les organisations existantes.

Notre problème est de trouver les moyens de changer les termes aujourd'hui exclusifs du débat politique et en particulier l'idée qu'il ne peut y avoir de choix qu'au sein du système entre le pire et le moins-pire. Ce qui fait aujourd'hui la force du PS et son hégémonie sur le peuple de gauche (y compris sur des gens qui sont à nos côtés dans les luttes) c'est qu'il apparaît offrir des solutions immédiates qui sont un petit progrès par rapport aux ravages du Sarkozysme. Ce faisant, en acceptant les termes du débat de la droite, il ne peut que faire le jeu de celle-ci.

La question qui se pose à nous, c'est faut il accepter des alliances pour contrer le pire du pire ou être auprès de catégories sociales que nous visons à convaincre des tenants de la politique du pire ?

Comment faire pour que ces alliances ne confortent pas le PS dominant qui en est immédiatement le grand bénéficiaire ? Comment ne pas se retrouver dans une fonction « d'être la mauvaise conscience organisée, rappel des perdants de cette société, ou un super mouvement social qui se contente de faire pression sur un système politique pour l'amener à prendre en charge des questions qu'il laisse de côté » bref d'être de fait exclu de la fonction politique et conforter ainsi l'idée de la politique réservée aux spécialistes et inaccessible aux autres.

Pour moi, la question des alliances n'est pas se compromettre, trahir sa pureté par le contact avec le PS : si nous n'avons que ça pour montrer notre différence nous pouvons à la rigueur gérer un petit pré carré mais guère plus. Ce n'est pas non plus créer la confusion politique en répandant des illusions sur le PS : c'est prendre les citoyens , les acteurs de mouvement sociaux pour des imbéciles pour croire qu'une alliance aille aussi loin dans la modification des consciences.

Nous devons travailler ensemble beaucoup plus à fond ce que peut être l'autonomie vis à vis du PS. Ce ne peut être un question de posture ou de discours. Il faut réaliser qu'une alliance ce n'est seulement « avoir des postes ensembles ou gérer ensemble» c'est aussi en premier lieu et plus fréquemment par rapport aux risques que j'évoque plus haut se désister, appeler à voter pour.

Ce que nous faisons tous y compris la LCR parce que nous avons tous intégré que la politique du pire n'est pas jouable.

Comment se sortir de cette « compromission permanente » en faveur du PS ?

D'abord en travaillant de façon la plus large possible sur le projet, et ce conduit à soutenir les Etats généraux comme lieu de débat collectif et l'appel Politis comme des moyens de mener ce travail en confrontation avec d'autres.

Ensuite en soutenant les luttes de résistance en les « socialisant » et « politisant » (montrer les enjeux en termes de société) au sein de tous les réseaux possibles.

Mais les changements de majorité municipales, devrait redonner un nouvel élan aux luttes autour du logement, de la réappropriation publique de l'eau par exemple. Devons nous dénoncer à priori le PS comme traître ou lancer (participer impulser) des mobilisations citoyennes et associatives sur ces terrains ? Je pense que la seconde solution, loin de renforcer les illusions sur le PS peut créer un rapport de force susceptible d'obtenir les résultats même partiels.

Nous avons besoin de résultats, même de compromis pour montrer concrètement que l'irruption du mouvement social dans le champ institutionnel peut agir sur celui-ci et changer les données.

Nous pouvons avoir le meilleur projet, le plus attractif possible (et pendant la campagne Bové quelle sympathie ont rencontré nos idées, au niveau du résultat ce fut autre chose !). Si nous ne pouvons pas dans le même temps accréditer l'idée qu'il est possible d'agir, de modifier le monde et de le modifier à partie de ses contradictions, nous continuerons à n'être que de doux rêveurs auxquels il ne surtout pas faire confiance.

Nous avons intérêt à travailler ce que nous voulons faire en termes de stratégie, c'est à dire non seulement ce que voulons en termes d'autogestion et de démocratie mais aussi sur quoi nous nous appuyons aujourd'hui pour y arriver.

Si nous avons abandonné la grand soir, nous n'avons pas produit collectivement une stratégie du changement politique, ni même une nouvelle approche de la place du pouvoir politique dans ce changement (rôle de l'Etat, rôle de la représentation politique aujourd'hui et comment transformer ces institutions).

Etienne Adam 


Bonjour,

Merci à Etienne de ces éléments de réflexion approfondis. ,J'ai dans mon intervention pointé la nécessité, qui selon moi demeure, de clarifier notre position par rapport au PS dans une optique tactique par rapport à la LCR, au PCF et au PS lui-même.

Aussi nécessaire que soit cette clarification, le texte d'Etienne a le grand mérite de montrer qu'elle ne suffit pas, et même qu'elle ne constitue pas l'essentiel de notre problème. Etienne affine encore les réflexions qu'il avait exposées dans la contribution qu'il a publiée sur le site avec Pierre Court-Salies et Fernanda Marrucchelli en préparation de la CNC de fin mars.

Ce texte ouvre des pistes que nous aurons grand intérêt à travailler ensemble pour approfondir notre projet et notre action.

Incidemment, mais non sans lien avec le sujet, je vous renvoie à la fin de l'interview d'Annick Coupé (Solidaires) dans Politis de cette semaine sur la question des rapports entre un syndicalisme qui refuse l'accompagnement et le niveau politique. Je trouve intéressant que la question soit posée de façon ouverte et sans s'enfermer a priori dans le cadre rigide, sempiternellement évoqué, de la charte d'Amiens. Voilà de quoi encore alimenter notre réflexion.

Amicalement,

Louis (Cual 71)

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G
Pendant la campagne de désignation du candidat des CUAL à la Présidentielle, les membres des CUAL de l'Hérault m'avait désignée porte-parole auprès des médias. <br /> Je m'étais efforcée de restituer au mieux la parole de collectifs très disparates. Aujourd'hui, je me sens libérée de cette contrainte et je peux donc délivrer mon propre sentiment, non sur les erreurs et les trahisons passées, mais sur les possibilités à venir et d'avenir.<br /> Comme Remy Jean dont je n'ai pas toujours partagé les conclusions, je pense qu'il est incohérent de fermer la porte à des alliances avec les composantes les plus à gauche du PS. <br /> Le débat qui agite ce parti ne sera pas sans conséquence sur la gauche de gouvernement que nous serons capables de proposer au choix des électeurs.<br /> Je préfère Obama à Mc Cain, je préfère Die Linke au SPD, en vertu de ce principe, je crois que nous n'avons pas le droit de refuser a priori une alliance qui pourrait améliorer le sort des plus pauvres, des plus fragiles d'entre nous. Ceux-là n'ont jamais leur mot à dire. Mais on peut imaginer qu'il serait difficile de justifier, face à leur détresse, une posture de principe concernant un éventuel rapprochement avec les courants "reconstructeurs" du PS. <br /> Petite anecdote à méditer: j'étais à Marseille, la semaine dernière, j'y ai rencontré une socialiste très influente dans la région PACA, elle s'apprêtait à soutenir Delanoë, mais les récentes déclarations du maire de Paris l'ont "ulcérée", elle se rapprochera de... Fabius dont elle ne voulait plus entendre parler depuis le TCE.<br /> C'est la leçon à retenir: il n'y a que les pierres qui ne changent pas d'avis et encore...<br /> Amitiés
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