Gauche de gauche : le jeu des trois familles par Jean-Robert Velveth

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

LE JEU DES TROIS FAMILLES

Sarkozy élu, l’atomisation des forces se réclamant de la gauche de transformation sociale se perpétue voire s’aggrave. Etat des lieux.

La direction du PC, sonnée par l’inconcevable score de sa candidate, entre dans un nouveau cycle d’introspection sous les vives critiques d’un contingent de ses membres se revendiquant « communistes unitaires » et l’exaspération des rangs, bien fournis, des nostalgiques d’un PC à l’ancienne dont André Gérin, maire de Vénissieux se fait volontiers le porte-parole. A de rares exceptions près, toutes ces « tendances » s’allièrent néanmoins sans moufter avec le PS lors des élections municipales pour conserver le capital d’élus communistes.

La LCR, quant à elle, stimulée par l’honorable résultat obtenu par Olivier Besancenot et le capital de sympathie dont le facteur jouit dans l’opinion, lance rondement l’idée d’un auto-dépassement dont le fantasme la travaille depuis longtemps : créer un parti qui, sans renier son histoire, ouvre des pages inédites « pour un éco-socialisme du XXIème siècle » comme le confiait récemment Olivier Besancenot sur le canapé de Michel Drucker. Les élections municipales joueront un rôle non négligeable dans l’accélération du processus. La percée électorale attribuée à la LCR est en partie due à de nombreuses listes « 100 % à gauche » ouvertes à la gauche alternative et à des cortèges de déçus de la gauche notamment membres ou sympathisants du PC refusant l’alliance avec le PS dès le 1er tour.

A mi-mai, environ 300 comités pour « un nouveau parti anticapitaliste » (NPA) ont vu le jour. Les dirigeants actuels de la LCR semblent tout à la fois confiants et stressés sur l’issue de leur nouveau « sujet politique » dont nom, fonctionnement, statuts, programme doivent être issus des débats initiés dans les comités et dont des délégués, majoritairement non affiliés à la LCR, se réuniront fin juin pour un premier bilan national. Objectif : le NPA raccord début 2009…

Restent les collectifs antilibéraux dont beaucoup sont orphelins de la campagne menée par le syndicaliste paysan. Figure de l’altermondialisme, José Bové est vite retourné à ses luttes de prédilection après la rude sanction de la présidentielle. Sont-ils 120 ou 150 collectifs sous la houlette d’une coordination unitaire anti-libérale ? Nul ne le sait vraiment y compris les membres du secrétariat d’une structure vaporeuse duquel ressort le nom de Yves Salesse, Président d’honneur de la Fondation Copernic. S’y retrouvent des « Alter-écolos », des alternatifs, des ex-PC, des ex-ceci ou cela, des syndicalistes, des féministes, des objecteurs de croissance… « Tout ce petit monde » représente assez fidèlement la galaxie de la gauche alternative aux contours si difficiles à apprécier. S’estimant être le « creuset unitaire », seul capable de réunir les différentes composantes de la gauche de gauche, la coordination tente de lancer des « Etats généraux de la gauche de transformation sociale » pour la fin 2008. Une récente « Association des communistes unitaires » (ACU), élections locales passées, fait part de son intérêt pour cette démarche au même titre que les Alter-écolos, en délicatesse avec l’orientation des Verts. Nombreuses sont les chapelles mais limité est le nombre de militants.

Si tenté que l’on puisse y ranger le PCF, la gauche de gauche est donc éparpillée en trois « familles », elles-mêmes divisées, aux stratégies radicalement divergentes. A ce jour, seul le processus de création du NPA est ancré dans la réalité sans que son succès ne soit assuré. En outre, la réussite de cette opération politique « transgénique » ne permettrait pas, à elle seule, de disputer l’hégémonie du PS sur la gauche.

ET POURTANT ILS EXISTENT…

Lutte Ouvrière et le Parti des Travailleurs, tout comme les organisations libertaires, ont été volontairement écartés de cette « saga ». Ils n’y jouèrent qu’un rôle marginal et, d’ailleurs, sans s’en désintéresser, ne souhaitent pas être mêlés à quelconque recomposition politique. Si l’association « Pour la République Sociale » (PRS) de Jean-Luc Mélenchon continue « son petit bonhomme de chemin » à la gauche du PS, le tableau serait incomplet si n’étaient mentionnés, deux autres clubs qui entendent jouer leur partition en s’appuyant sur la notoriété des personnalités réunies : « Maintenant à Gauche » (MAG) rassemble, entre autres, l’historien communiste Roger Martelli, le chef de file de la minorité de la LCR, Christian Picquet et quelques ex-chevénementistes et syndicalistes. L’autre, « Gauche Avenir », a été lancé par les socialistes Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann en compagnie de Jean-Claude Gayssot, l’ancien ministre communiste des transports de Lionel Jospin. Les deux clubs se sont-ils récemment rapprochés ? Certains de leurs membres semblent avoir sérieusement pesé sur la rédaction et la collecte des premiers signataires d’un appel fortement controversé dès sa parution.

L’APPEL DE LA DISCORDE

L’hebdomadaire mouvementiste, Politis, s’est fait le support d’un énième appel « unitaire » intitulé : « L’alternative à gauche, organisons-la ». Le texte, soumis précipitamment aux dirigeants de la LCR le dimanche de la Pentecôte pour signature sous 48 heures, sans aucune possibilité d’amendement, ne comporte, évidemment, que le nom de « l’opposant interne », Christian Picquet. A ses côtés, parmi les 55 « premiers signataires », coutumiers de ces initiatives, se trouvent d’ailleurs, sur-représentés, les initiateurs de son club « Maintenant à Gauche » (MAG) et une petite cohorte de responsables du PCF qui ne s’étaient jamais illustrés, bien au contraire, dans une démarche de rassemblement de la gauche radicale. Ainsi, Marie-Pierre Vieu y côtoie Jean-Claude Gayssot et Dominique Grador, peu disposés à se mouvoir au sein d’une turbulente gauche de transformation sociale.

La coordination des collectifs antilibéraux, en panne d’inspiration, s’est emparé de cet appel avec la même énergie qu’un naufragé s’accroche à une bouée sans se demander si les positions des « pétitionnaires » étaient compatibles entre elles. A dire vrai, le texte est suffisamment nébuleux pour satisfaire les « unitaires à tout prix » et des partisans de l’ex-gauche plurielle. Il présente l’avantage, pour ces derniers, de poser, innocemment, une première borne pour d’éventuels rassemblements électoraux en vue du scrutin des européennes de 2009. Pour ne pas laisser place au NPA né de la LCR…

L’ENJEU

Parler d’un rassemblement de la gauche de gauche en commençant par exclure une de ses composantes est une tentative évidemment vouée à de nouvelles déconvenues. Les « échappées belles » du PS vers le centre-droit offre pourtant un ample espace pour une gauche de gauche où cohabitent contestation de l’ordre établi et propositions programmatiques qui rompent avec l’incantation.

La radicalité peut-elle s’illustrer autant dans la proposition que dans la dénonciation ? Le travail accompli, bien qu’inachevé, lors de la « période unitaire » précédant la présidentielle porte à le croire.

Si tel n’est pas le cas, tous les dispositifs instaurant un impitoyable bipartisme se resserreront : « social-libéral » ou « libéral-sécuritaire », fera office de plat unique. Seule la sauce d’accompagnement changera…

Telle est, pour la gauche de la gauche, l’enjeu qui dépasse ses éternelles divisions qui, certes, ne sont pas de simples bisbilles.

Jean-Robert Velveth

Publié dans Gauche de gauche

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B
quel ton meprisant à l'égard de toutes les formations politiques de la gauche, y compris du pc et du ps! alors : à gauche point de salut? accepter passivement les contre-reformes de sarko et son "ouverture"? les velveth abboyent, le peuple passe.
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