Les Echos : Questions à Jean Claude GAYSSOT

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

Question 1 Monsieur GAYSSOT, à la suite des dernières élections présidentielles vous avez pris position fortement, à de multiples reprises, sur deux points majeurs. Vous estimiez qu’il fallait sortir de la matrice d’où venait votre parti. Vous vous prononciez, ni plus ni moins, pour la création d’un autre parti qui pourrait ne pas s’appeler PCF et voici qu’après les dernières élections municipales et cantonales, on ne vous entend plus. Il convient donc de comprendre que le redressement observé à l’occasion de ces élections scie la branche sur laquelle vous prétendiez asseoir votre raisonnement ?

Réponse JCG : C’est pour poursuivre ce qu’il y a de plus beau dans le combat des communistes que j’ai proposé que mon parti, le Parti communiste français, soit à l’initiative de la création d’une force politique de transformation, neuve et rassembleuse, se situant clairement à la gauche d’une social démocratie recentrée dans le paysage politique.

Pour cela il est, me semble t-il, indispensable de sortir de la matrice à l’origine de notre type d’organisation et de la conception qui a prévalu pour en finir avec le système capitaliste au nom de la 3ème Internationale !

Pour moi, il ne s’agit pas d’être moins communiste au sens de ce que ce mot a inspiré de plus beau aux luttes magnifiques et héroïques – chez nous et dans le monde – pour la liberté, la justice, l’égalité, pour la paix et la démocratie. Il s’agit d’être efficace, tirant l’expérience du passé et des réalités contemporaines, de les continuer dans le monde d’aujourd’hui.

Comment être révolutionnaire dans la France, l’Europe et le monde de notre temps ? Telle est la question de fond. On admettra que ce n’est sûrement pas en restant figé sur des schémas qui ont fait et font la preuve de leur inefficacité voire de leur nocivité – c’est le moins qu’on puisse dire – au regard de l’exigence d’émancipation humaine plus forte que jamais. La seule visée communiste qui vaille aujourd’hui à mes yeux. Il s’agit de révolutionner le communisme pour que les valeurs dont il est porteur puissent s’inscrire dans les temps modernes.

L’heure est venue de franchir le cap de la rupture.

Question 2 : Vous ne répondez toujours pas à ma question et au fait que les dernières élections ont infirmé le déclin du PCF sur lequel vous vous référiez pour justifier votre proposition novatrice !

Réponse JCG : J’y viens. Parler de « redressement » comme le fait la direction du PCF aujourd’hui est un non sens. C’est inexact, tout simplement, et c’est donc dangereux pour le devenir de notre combat communiste …

Question 3 : Vous accusez la direction de votre parti de mensonge ?

Réponse JCG : J’avoue ne pas savoir – il y a sans doute des deux – si elle se trompe ou si elle trompe délibérément pour se justifier et justifier une stratégie d’immobilité dans la perspective du prochain congrès du PCF. Ce qui est certain – et cela personne de bonne foi ne peut l’ignorer – c’est que nous continuons de reculer. Nous dirigeons moins de villes de plus de 3500 habitants et nous perdons des conseillers généraux par rapport aux élections précédentes de 2001. C’est un fait.

Question 4 : Mais vous ne pouvez pas nier que des villes importantes ont été gagnées : Dieppe, Vierzon, Villeneuve Saint Georges … et que lorsqu’il y a eu bras de fer avec le PS, les candidats communistes ont en général fait mieux que se défendre !

Réponse JCG : C’est vrai et je m’en réjouis. C’est pourquoi je propose, comme l’a fait d’ailleurs Roger MARTELLI dans sa « note sur les élections de mars 2008 et les résultats du PCF » une analyse sérieuse et responsable. C’est le meilleur moyen de valoriser le fait que notre recul est moindre que lors des échéances précédentes. Et que les succès, voire les résultats positifs même lorsqu’on n’a pas gagné, témoignent de l’importance de l’implantation locale, du militantisme, de l’importance aussi des comportements combatifs face à la droite et unitaires à gauche a contrario parfois de militants ou élus du Parti socialiste. J’ai pris connaissance avec beaucoup d’intérêt des appréciations portées par les responsables communistes là où justement nous nous sommes mieux tenus !

Leurs analyses confortent les possibilités réelles de résister, de freiner le déclin et le bipartisme en marche que malheureusement les résultats électoraux confirment. En effet, dans le cadre d’une démobilisation forte d’une partie de l’électorat de droite, c’est le PS qui bénéficie essentiellement des progrès de la gauche avec ou sans alliance avec le MODEM.  Dans le clivage gauche-droite la gauche pèse plus. Mais dans la gauche elle-même nous pesons de moins en moins face au Parti socialiste. De sorte que la question n’est pas seulement de freiner notre déclin, elle est de nous réinstaller pleinement dans le paysage politique. C’est tout autre chose…

Question 5 : Certes mais cette opinion que vous estimez réaliste, à savoir l’instauration d’une bipolarité due aux insuffisances de votre parti n’est pas si évidente que cela puisque le Conseil national de votre parti a accordé une large confiance aux thèses contraires aux vôtres, à celles défendues par la direction donc? 

Réponse JCG
 : Il faut aller au fond des choses et d’abord se poser la question : est-ce que depuis l’élection de N. SARKOZY l’offensive pour instaurer en France le système anglo-saxon a reculé ? Sincèrement je crois que malgré les luttes, malgré les interrogations et la démobilisation d’une partie de l’électorat de droite, cette offensive se poursuit. Elle se poursuit d’autant plus qu’aucune perspective exaltante n’apparaît, pas plus du coté du PS – ce qui n’est pas strictement surprenant – que de notre côté, ce qui est la question.

Question 6 : Vous faites un lien entre la casse du « modèle » social français issu des luttes du mouvement ouvrier, des avancées du Front Populaire, de la Résistance, de la gauche et la tentative d’instaurer le bipartisme ?

Réponse JCG : Bien évidemment. Dès lors que la base commune est l’acceptation du système capitaliste tout est fait pour que les choix démocratiques des électeurs ne portent jamais sur l’alternative réelle à ce système. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas de différence entre les partis : partis Démocrate et Républicain aux Etats-Unis, partis Travailliste et Conservateur en Angleterre… tout cela aboutit à ce que jamais la question ne porte sur la transformation sociale, sur le changement de société, sur l’ « évolution révolutionnaire » dont parlait Jean Jaurès ! Avec cela le système libéral actuel, plus violent que jamais, peut dormir tranquille.

Depuis l’an dernier le nombre d’acquis remis en cause, le démantèlement des services publics, le traité européen validé sans référendum, l’entrée de la France dans l’OTAN etc. sont autant d’éléments qui confirment cette dérive anglo-saxonne. Les courbettes du président de la République lors de la visite d’Etat en Angleterre et la décision d’envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan prouvent également que malgré son piètre résultat électoral, la droite n’entend pas réduire son offensive dans ce domaine. Seules les luttes et l’apport de perspectives politiques claires et enthousiasmantes, radicalement neuves, peuvent l’enrayer.

Question 7 : Tout cela renvoie selon vous à la recomposition politique et à la structuration d’une bipolarisation à l’image de ce qui se passe aux Etats Unis, en Angleterre, en Espagne, en Italie …

Réponse JCG :BERLUSCONI revient, les communistes, les verts balayés, la droite et le bipartisme ont gagné en Italie. Un aristocrate « bouffon » conservateur élu maire de Londres, le parti travailliste défait, le bipartisme est à l’œuvre en Angleterre. Il y a un an Nicolas SARKOZY l’emportait, la gauche était battue, la candidature du PCF recueillait moins de 2 % ! ! Une recomposition politique majeure était engagée par la droite et par le parti socialiste.

La liste est longue au plan européen et au plan mondial … Nous avons à faire à une entreprise globale qui résulte de l’effondrement observé à la fin des années 80 et qui s’appuie sur ce que cet effondrement a provoqué dans les têtes. Un mur est tombé mais un autre mur s’est installé dans les têtes : il n’ y a pas de voie hors le système capitaliste mondialisé.

Question 8 : C’est décourageant. Ne faudrait-il pas mieux finalement jouer cette carte pour continuer à exister et devenir en quelque sorte l’aile gauche d’un nouveau parti socialiste qui veut aller du centre à l’extrême gauche ?

Réponse JCG : Pour le coup c’est cela qui serait décourageant. Il en serait fini de tout espoir de transformation sociale, fini du combat contre l’exploitation, la sujétion, l’aliénation qu’imprime le capitalisme financier sur toute la planète, fini du combat pour l'émancipation humaine. Aujourd'hui au contraire du découragement ce sont les données encourageantes, motivantes qu’il nous faut voir. Je viens de parler du capitalisme financier, il est en crise. J’ai parlé de la bipolarisation. Mais en Allemagne, en Grèce elle est contestée. Au plan mondial le non-alignement aux thèses de l’administration US marque des points notamment en Amérique du Sud … mais pas seulement. Il n’y a donc aucune fatalité à tout cela à condition d’être capables d’opérer cette révolution sur nous-mêmes.

Question 9 : Revenons en France. Le Conseil national de votre parti n’a validé ni votre analyse du déclin ni celle de la bipolarisation. Il a parlé de redressement, de re-crédibilisation. Marie-George BUFFET a laissé entendre qu’elle pourrait rester à la tête du PCF. Il a même été question d’une « nouvelle feuille de route » alors que l’Assemblée générale des communistes tenue fin 2007 en avait déjà fixé une. Ne trouvez-vous pas que cela fait beaucoup dans le sens de ne rien changer ?

Réponse JCG : Je ne m’éloignais pas tellement quand je parlais du combat contre la domination du capitalisme financier, l’enjeu se situe à ce niveau. Ou nous le menons de manière efficace ou nous le perdons durablement. Je ne peux me placer dans le cadre de cette dernière hypothèse. Et qui pourrait l’accepter qui se déclare communiste ?

Perdre de vue le résultat de Marie-George BUFFET à la présidentielle et ce qui le sous-tend, la poursuite du déclin tendanciel réel du PCF observé depuis trente ans, la recomposition du paysage politique vers le bipartisme - et plus grave encore considérer que la crise du communiste, sa représentation particulièrement négative dans les esprits ne sont qu’un mauvais souvenir - cela équivaudrait à mener la politique de l’autruche ! Suicidaire… je le dis clairement.

Le congrès de mon parti ne doit pas se préparer avec cet état d’esprit fermé, qui tourne en rond comme une mouche sous un verre. Il y va de la capacité ou de la non capacité à poursuivre efficacement le combat des communistes pour la transformation sociale dans les conditions d’aujourd’hui.

Question 10 : Si je comprends bien vous dîtes le fond d’abord et les équipes après. C’est bien cela ? Mais c’est aussi ce que dit Marie-George BUFFET. Vous ne pensez pas que l’heure d’une certaine relève est arrivée ? Mais avez-vous les hommes et les femmes pour ce faire ?

Réponse JCG : Il ne faut jamais dissocier totalement le fond et la forme, le contenu et le contenant. Je continue de penser que mon parti devrait être à l’initiative de la création d’une force politique neuve qui soit à la fois contestataire et constructive, indépendante et unitaire, populaire et moderne et je propose de ne pas faire du maintien de l’étiquette PCF la condition pour construire avec d’autres cette nouvelle formation démocratique.

Pour moi doivent sonner l’heure de la relève et l’heure de la rupture avec ce qui symbolise l’échec et la faillite. Si le congrès n’enclenchait pas une véritable métamorphose – le mot est parfois utilisé par la direction mais de manière rhétorique – nous prendrions une lourde responsabilité. Je crains donc que fondée sur une analyse volontairement erronée des derniers résultats et sur la volonté de certains de rester aux manettes, la « nouvelle feuille de route » ne soit qu’une « feuille de déroute » de plus !

Je souhaite donc vivement que le débat dans mon parti et avec ceux qui nous entourent crée les conditions pour sortir des faux-semblants : « Je pars mais je veux rester ; on change pour ne rien changer ! »

Je pense que les militants, les élus communistes dans leur grande majorité ont envie que ça bouge. Projet-stratégie-organisation-responsables forme un tout. Pensons nouveauté, pensons jeunes. Osons !

 

Publié dans PCF

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