De la "lutte des classes" au "rassemblement" - Parti socialiste 16 avril 2008 Projet DECLARATION DE PRINCIPES

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

Christine Garin  LE MONDE 21.04.08

C
'est la cinquième fois, en un peu plus d'un siècle, que les socialistes se livrent à l'exercice. 1905, 1946, 1969, 1990, 2008 : chacun de ces millésimes raconte un moment particulier de l'histoire du PS et rappelle un contexte. "Les circonstances ont, à chaque fois, fortement influencé ces déclarations de principes, écrit l'historien Alain Bergounioux, secrétaire national du PS aux études, dans une brochure consacrée à l'analyse de ces textes (L'Encyclopédie du socialisme, Bruno Leprince, 2004). Elles ont toutes été  rédigées pour répondre à une question politique précise"
. Unification, en 1905, des multiples "courants" socialistes ; recherche d'un "compromis" sur fond de concurrence avec les communistes et mouvement vers un "socialisme humaniste" après la Libération, en 1946 ; "unité" de la gauche non communiste en 1969, deux ans avant le congrès d'Epinay de 1971 et la négociation d'un "programme commun de gouvernement" avec les communistes ; enfin, transformation du "parti révolutionnaire" en "parti de transformation sociale", en 1990, au terme de neuf années d'exercice total ou partiel du pouvoir. Retour sur un siècle de principes.

1905.

" (...) Le Parti socialiste est un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d'échange, c'est-à-dire de transformer la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste, et pour moyen l'organisation économique et politique du prolétariat (...)."

Des sept articles de la première déclaration seul le premier est consacré à définir le nouveau "parti de lutte des classes et de révolution". Les autres, note Alain Bergounioux, sont centrés sur la discipline et l'organisation interne. On établit un code de bonne conduite des parlementaires face aux "fractions politiques bourgeoises", on fixe les règles du contrôle des militants et de la presse du parti. Cette rigidité traduit l'âpreté des polémiques entre les différents courants socialistes et dessine, selon M. Bergounioux, "un parti militant et centralisé".

1946.

" (...) Le Parti socialiste est un parti essentiellement révolutionnaire : il a pour but de réaliser la substitution au régime de la propriété capitaliste d'un régime où les richesses naturelles comme les moyens de production et d'échange deviendront la propriété de la collectivité et où, par conséquent, les classes seront abolies (...)".

Après la Libération, la rédaction d'une nouvelle déclaration est confiée à Léon Blum, qui tente une synthèse entre fidélité au marxisme et idéalisme. Sa copie est refusée au congrès d'août 1945. Blum doit se résigner à conserver le terme de "lutte de classes" qu'il a tenté d'effacer. Subsiste, en revanche, son idée d'un parti "essentiellement démocratique", garantissant les "droits de la personne humaine" et la "liberté de la cité".

 1969.

" (...) Parce qu'ils sont des démocrates conséquents, les socialistes estiment qu'il ne peut exister de démocratie réelle dans la société capitaliste. C'est en ce sens que le Parti socialiste est révolutionnaire. Le socialisme se fixe pour objectif le bien commun et non le profit privé (...)."

Trois ans avant le congrès d'Epinay qui fixera la ligne "d'unité de la gauche", les inflexions sont significatives même si des phrases entières sont reprises de la déclaration de 1946. On n'écrit plus "lutte des classes" mais "émancipation des travailleurs" ; on évoque désormais "la socialisation progressive" des moyens de production. Le but final est certes toujours "non d'aménager un système mais de lui en substituer un autre", mais un an après mai 1968, des thèmes nouveaux apparaissent : responsabilité et démocratie sociale dans l'entreprise, rapport des "travailleurs" à la culture et à "l'accélération du progrès technique", lutte contre les discriminations - limitée au chapitre international.

1990.

"Parti de rassemblement, (le PS) met le réformisme au service des espérances révolutionnaires. (...) La faillite des sociétés bureaucratiques ne lui fait pas oublier que le capitalisme développe les inégalités. (...)"

Au lendemain de la chute du mur de Berlin, deux ans après le début du second septennat de François Mitterrand, la rupture est nette. Les "espérances révolutionnaires" sont certes toujours vivantes mais le PS, pour la première fois, se dit "favorable à une société d'économie mixte" reconnaissant "les règles du marché". Outre son ouverture franchement européenne, cette avant-dernière mouture des "principes" socialistes - avalisée lors du calamiteux congrès de Rennes de mars 1990 - fait aussi écho aux nombreux débats de société qui ont traversé les années 1980 : laïcité, indépendance de la création culturelle, droit des femmes et des immigrés.

2008.

PREAMBULE

Le Parti socialiste plonge ses racines dans la tradition de l’humanisme et dans la philosophie des Lumières. Il fait siennes les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, proclamées par la Révolution Française. Il est né de la rencontre entre une pensée critique, riche et diverse, et
l’action du mouvement ouvrier qui, pendant deux siècles, ont porté une contestation de
l’organisation sociale façonnée par le capitalisme et ont défendu le projet d’une société
solidaire dont tous les membres jouissent des mêmes libertés et des mêmes droits. Il
revendique le souvenir de la Commune, l’héritage de la République et de son oeuvre
démocratique, des grandes conquêtes sociales du Front Populaire, de la Libération, de mai 1981 et des gouvernements de gauche qui se sont succédés. Il participe des grands combats politiques et intellectuels pour la liberté de l’homme, de l’Affaire Dreyfus à l’abolition de la peine de mort.

Ces ambitions sont plus que jamais d’actualité. Pour les socialistes, l’être humain est un être doué de raison, libre, un être social qui grandit de sa relation aux autres, ouvert à toutes les potentialités. C’est pour cela, que les conditions dans lesquelles il vit sont essentielles. Bâtir un monde nouveau et meilleur, obéissant à la dignité de l’homme et assurant la sauvegarde de la planète, est la tâche première des socialistes, celle qui motive un engagement renouvelé pour le progrès au fil des générations, par-delà les moyens mis en oeuvre, qui, eux, se formulent différemment dans le temps selon les enjeux et les problèmes.

Le socialisme démocratique veut être une explication du monde, une pédagogie de l’action, un avenir pour l’humanité. Sa nature est « d’aller à l’idéal et de comprendre le réel », d’inventer le futur et de travailler dans le présent, d’assumer les tensions et les contradictions qui en résultent et font la vie humaine.

I -NOS FINALITES FONDAMENTALES

Art 1

Être socialiste, c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est. L’idée socialiste relève,
à la fois, d’une révolte contre les injustices et de l’espérance pour une vie meilleure. Le but de l’action socialiste est l’émancipation complète de la personne humaine et la sauvegarde de la planète.

Art. 2

L’égalité est au coeur de notre idéal. Cette quête n’a de sens que par et pour les
libertés. Egalité et liberté sont indissociables. Aux injustices et aux violences du monde, l’idée socialiste oppose un engagement pour une humanité libre, juste, solidaire et respectueuse de la nature. Elle porte un message universel, dès lors qu’il s’agit de défendre les droits fondamentaux de chacun et de tous. Pour les socialistes, ces objectifs ne peuvent être atteints à partir du fonctionnement spontané de l’économie et de la société. La redistribution
permanente des ressources et des richesses est nécessaire pour donner une réalité à l’égalité des droits, offrir à chacun les chances de conduire sa vie, et réduire les écarts de conditions.

Art 3

Le développement durable doit permettre de répondre aux besoins du présent, sans
compromettre l’avenir des générations nouvelles. Les finalités du socialisme démocratique,
l’émancipation humaine, portent pleinement la volonté de préserver notre planète aujourd’hui menacée, de protéger et de renouveler les ressources naturelles, de promouvoir la qualité de l’environnement. Cette nécessité demande des réponses qui ne privilégient pas la rentabilité immédiate, concilient les intérêts particuliers et l’intérêt général, le développement et l’écosystème. Conscients de l’étroite interaction des activités humaines et des écosystèmes, les socialistes inscrivent la prise en compte de la planète au même rang de leurs finalités fondamentales que la promotion du progrès des sociétés humaines et la satisfaction équitable de leurs besoins.

Art 4

Le progrès, synonyme d’amélioration de la vie humaine, est une valeur fondamentale
pour les socialistes. Ils pensent que l’exercice de la raison doit être accessible à tous,
acceptable par tous, applicable à tout. Ils promeuvent la connaissance, l’éducation, la
recherche, la culture. Ils veulent mettre les avancées scientifiques et technologiques au service des hommes et de la planète. L’expansion technologique, le développement des nano et biotechnologies, l’ingénierie génétique posent des questions essentielles pour l’avenir de l’humanité. Le mérite du principe de précaution est de permettre de faire des choix collectifs, à travers l’arbitrage des choix politiques, qui subordonnent l’acceptabilité des risques, inséparables du développement de la science, à l’utilité des innovations et à la légitimité de leur utilisation. Le progrès économique et social ne peut plus être apprécié à l’aune de la seule croissance de la production marchande, mais doit l’être à l’aide des indicateurs reflétant la qualité effective des conditions d’existence et de travail des individus.

Art 5

La démocratie représente, à la fois, une fin et un moyen. Elle incarne une valeur et un
combat universels. Elle conditionne la nature même de l’action socialiste. Elle ne se résume pas à une méthode. Être socialiste, c’est penser que les hommes et les femmes décidés à agir ensemble peuvent influer sur l’évolution de leur vie, de leur société et du monde. Notre
socialisme est une conception et une pratique de la citoyenneté dans tous les domaines et sous toutes ses formes. Démocratie politique et démocratie sociale, démocratie représentative et démocratie participative forment un tout pour permettre la délibération et la décision collectives.

II – NOS OBJECTIFS POUR LE XXIE SIECLE

Art 6

Les socialistes portent une critique historique du capitalisme, créateur d’inégalités,
porteur d’irrationalité, facteur de crises, qui demeure d’actualité à l’âge d’une mondialisation dominée par le capitalisme financier.

Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché, une
économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux. Le système voulu par les socialistes est une économie mixte, combinant un secteur privé dynamique, des services publics de qualité, un tiers secteur d’économie sociale.

Les socialistes affirment que certains domaines de l’activité ne peuvent relever du
fonctionnement du marché, quand ils concernent des droits essentiels. Les socialistes font de la création durable et de la redistribution des richesses un enjeu majeur de l’action politique. Ils pensent que les politiques participant aux enjeux environnementaux doivent être coordonnés par la puissance publique garante du long terme et de l’intérêt général.

Art 7

Les socialistes défendent un modèle de développement durable qui conjugue la
croissance, l’innovation technologique, l’impératif écologique, la création d’emplois, la
protection sociale. Les socialistes se préoccupent non seulement de la quantité des richesses produites et de leur distribution, mais aussi de la manière de les produire et du contenu de la production.

C’est une société nouvelle, qui dépasse les contradictions du capitalisme, faisant toute sa
place au secteur non-marchand, que les socialistes veulent bâtir. Le travail humain est un
enjeu fondamental, c’est un moyen individuel et collectif d’insertion, de reconnaissance,
d’émancipation. Les socialistes refusent une société duale où certains tireraient leurs revenus de l’emploi et d’autres seraient enfermés dans l’assistance. La qualité de l’emploi est un objectif fondamental qui suppose une rémunération juste, des droits garantis et respectés, un accès à la formation tout au long de la vie favorisant la promotion professionnelle et sociale. Le travail doit aller de pair avec un mode de vie qui donne du temps libre, l’accès à la culture et au sport, offrant à chacun de construire sa vie et la possibilité de participer à la vie publique.

Art 8

Une tâche tout aussi importante est de réactualiser ce qui est l’apport propre du socialisme démocratique dans le siècle dernier, l’État social, qui permet aux réponses collectives de satisfaire les besoins individuels dans leur diversité. Celui-ci privilégie d’abord l’investissement productif au détriment de la rente. Il assure ensuite une protection contre les risques sociaux. Il repose sur une redistribution assumée. Il doit garantir pour tous, la sécurité des personnes et des biens sans laquelle il n’y a pas de liberté réelle.La régulation estégalement un des rôles majeurs de l’État pour concilier l’économie de marché, la démocratieet la cohésion sociale. Enfin, l’État moderne doit être un État, qui investit et émancipe en privilégiant l’éducation, la recherche, l’innovation, la culture.

Art 9

Lutter pour la paix, la sécurité collective et le co-développement correspond à la vocation internationaliste des socialistes. C’est notre horizon pour le siècle qui commence. Le
combat pour une communauté internationale pacifique est indissociable de la défense desdroits de l’Homme. Il demande également de reconnaître les intérêts propres des États et des peuples, de travailler à dégager les intérêts communs pour construire un monde équilibré, juste et sûr. Il exige aussi un double effort pour conforter et réformer les institutions internationales. Nous avons besoin pour ce faire du renforcement des Nations unies et du poids de l’Union européenne et de sa détermination.

Art 10

La volonté des socialistes est de contribuer à faire de la France un pays ouvert,
respecté dans le monde, oeuvrant pour la paix, les droits de l’Homme et le développement
durable. La France est, de par son histoire, à la fois, singulière et universaliste, elle doit être fidèle à ce double héritage. Elle doit respecter tous ceux qui vivent sur son territoire en
combattant toutes les discriminations.

III – NOTRE PARTI SOCIALISTE

ART 11

Le Parti socialiste est un parti républicain. Il oeuvre pour le progrès social. Il
s’organise au service de l’engagement citoyen. Il fait siennes les valeurs de la République, la liberté, l’égalité, la fraternité. Il combat pour la séparation des pouvoirs, garantie d’un régime de responsabilité politique. Il défend le pluralisme et l’indépendance de l’information dans les médias. Il ne considère pas la nation comme une juxtaposition de communautés, mais comme un contrat entre citoyens libres et responsables, respectueux des droits de toutes celles et de tous ceux qui vivent sur son territoire, attentif à ce que chacun accomplisse aussi ses devoirs vis-à-vis de la collectivité.

Art 12

Le Parti socialiste est un parti laïque. Il défend la séparation des Églises et de l’État. Il
veille au respect de la liberté de conscience. La laïcité est plus qu’un principe de tolérance,
elle est un combat contre tous les fondamentalismes et tous les intégrismes. Elle entend
promouvoir et organiser un espace commun, prenant en compte les diversités culturelles et
religieuses, dès lors qu’elles ne sont pas un obstacle pour la liberté de chacun et de tous. La laïcité est une condition de notre vivre ensemble.

Art 13

Le Parti socialiste est un parti réformiste. Il porte un projet de transformation sociale
radicale. Il sait que celle-ci ne se décrète pas, qu’elle résulte d’une volonté collective forte
assumée dans le temps, prenant en compte l’idéal, les réalités et l’histoire. Le Parti socialiste veut contribuer à changer la vie avec la société et par la société, par la loi et le contrat. Il ne
considère jamais les rapports de force d’un moment comme figés ou indépassables. Il entend lutter contre tous les déterminismes sociaux, source d’injustices et d’inégalités.

Art 14

Le Parti socialiste est un parti décentralisateur. Il met le respect de la diversité, des
territoires, au coeur de ses valeurs. Il veut allier la présence d’un Etat régulateur et garant de l’équilibre –y compris financier-entre les territoires, à une démocratie locale vivante et
innovante.

Art 15

Le Parti socialiste est attaché aux grands principes de la Justice. Celle-ci est une
valeur et une institution. Elle est garante de la réalité des droits de chacun. Elle doit être
accessible et égale pour tous. Elle a pour vocation non seulement de sanctionner mais aussi d’aider à la réhabilitation et à la réinsertion dans la société.

Art 16

Le Parti socialiste met la culture au centre de ses valeurs. Celle-ci permet, à la fois, de
rassembler et de libérer. Face au danger d'une civilisation par trop uniformisée et
marchandisée, la culture, avec l'apport irremplaçable des artistes, contribue à construire un
monde fondé sur la diversité, le dialogue, l’ouverture. L’accès à la culture pour tous et la
démocratisation des pratiques culturelles sont notre objectif.

Art 17

Le Parti socialiste est un parti européen qui agit dans l’Union européenne qu’il a non
seulement voulue, mais en partie, conçue et fondée. Il revendique le choix historique de
l’Union européenne et de la construction d’une Europe politique. Pour les socialistes, celle-ci doit avoir pour mission, par ses politiques communes, d’assurer la paix sur le continent et d’y contribuer dans le monde, de favoriser une croissance forte et durable et le progrès social, de promouvoir la créativité et la diversité culturelle, d’aider à relever les défis planétaires par l’exemple d’association qu’elle offre. Membre du Parti socialiste européen, le Parti socialiste entend tout mettre en oeuvre pour le renforcer afin que soit porté un message socialiste en Europe.

Art 18

Le Parti socialiste est un parti internationaliste. Il condamne toutes les oppressions et
exploitations dont sont victimes les hommes et les peuples, qu’elles qu’en soient les origines et les causes. Il agit pour le développement des pays du Sud. Il combat la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme sous toutes leurs formes. Il milite pour un ordre international juste et respecté, pour une coopération entre les peuples. Il défend le rôle de l’ONU et des institutions internationales. Il souhaite que l’Internationale socialiste, de forum international pour les partis et les forces progressistes qu’elle tend à être aujourd’hui, devienne un véritable mouvement progressiste et internationaliste.

Art 19

Le Parti socialiste est un parti populaire ancré dans le monde du travail. Il est le
produit des combats politiques et des luttes sociales menées tout au long des XIXe et XXe
siècles. Il entend exprimer l’intérêt général du peuple français.

Art 20

Le Parti socialiste est un parti démocratique. Il fait de la parité entre les hommes et les
femmes un principe. Il respecte chacun de ses adhérents. Il organise un débat politique
transparent et ouvert. Il veille à la diversification des responsabilités partisanes et électives à tous les niveaux. Il prend en compte dans un dialogue permanent, les forces et les
mouvements de la société civile, en particulier les syndicats, les associations, les
organisations non gouvernementales… Le Parti socialiste est un parti qui défend une éthique politique dans l’engagement militant. Il repose sur une adhésion volontaire qui demande que les décisions, les textes et les règles, délibérés et adoptés en commun, soient respectés.

Art 21

Le Parti socialiste veut rassembler toutes les cultures de la gauche. Il ne se résigne pas
aux divisions de l’histoire. Organisant en son sein depuis toujours un libre débat, il appelle
tous les hommes et toutes les femmes qui partagent ses valeurs à rejoindre ce combat.

Le PS présente sa nouvelle "carte d'identité" idéologique
Reuters - Lundi 21 avril, 16h28

PARIS (Reuters) - Le Parti socialiste a enclenché formellement son processus de rénovation idéologique après trois défaites consécutives à l'élection présidentielle et présenté lundi sa nouvelle "déclaration de principes", qui abandonne toute référence aux "espérances révolutionnaires".Ce texte en 21 articles présente le PS comme un "parti réformiste" qui "porte un projet de transformation sociale radicale". Il passe de la défense d'une "économie mixte" reconnaissant les "règles du marché" - formule datant de 1990, au lendemain de la chute du Mur de Berlin - à celle d'une "économie de marché régulée par la puissance publique".

"C'est une société nouvelle qui dépasse les contradictions du capitalisme (...) que les socialistes veulent bâtir", précise l'article 7. Les précédentes versions proposaient de substituer un autre système au capitalisme plutôt que de l'aménager.

Les socialistes français veulent combiner "un secteur privé dynamique, des services publics de qualité, un tiers acteur d'économie sociale".

Fortement teinté d'écologie, le projet de déclaration, fruit du travail d'une commission d'une quinzaine de membres issus de tous les courants internes du parti, doit être approuvé par vote le 14 juin, lors d'une Convention nationale du PS.

C'est sur cette base idéologique commune que les dirigeants socialistes bâtiront ensuite, pendant l'été, leurs contributions puis motions - les programmes électoraux soumis au vote des militants - en vue du congrès, programmé début novembre.

Avant d'entrer en compétition pour la tête du parti, avec le départ attendu cette année de François Hollande, les chefs de file PS s'entendent sur la nature du parti qui est "d'aller à l'idéal et de comprendre le réel".

Le texte a été approuvé à l'unanimité des membres, moins une voix, celle du sénateur Jean-Luc Mélenchon.

"Bâtir un monde nouveau et meilleur, obéissant à la dignité de l'homme et assurant la sauvegarde de la planète est la tâche première des socialistes", stipule le préambule qui intègre la notion de développement durable pour la première fois.

EUROPE

Le texte se termine par une ouverture sur le reste de la gauche dont le PS veut "rassembler toutes les cultures". Les socialistes "ne se résignent pas aux divisions de l'histoire" et appellent tous ceux "qui partagent ses valeurs à rejoindre leur combat".

Alain Bergougnioux, co-rédacteur du texte avec le député européen Henri Wéber, a souligné devant la presse que "ce n'est ni un projet, ni une analyse, ni un programme, car le texte ne comporte pas de mesures précises". Avec cette nouvelle "carte d'identité", le PS entend "faire face aux obligations du siècle qui s'ouvre", a-t-il dit.

"On demande souvent aux socialistes leurs papiers, les voici!", a lancé Henri Wéber. "Nous revendiquons une société du bien-être et de la justice sociale".

Le texte dresse le portrait d'un parti décentralisateur, populaire, démocratique, mettant la culture "au coeur de ses valeurs", internationaliste et européen.

Après les divisions de 2005 sur la Constitution européenne, le PS revendique "le choix historique" de l'Union européenne et veut construire une "Europe politique" favorisant "une croissance forte et durable et le progrès social (...) et aider à relever les défis planétaires".

La déclaration emprunte des expressions chères à plusieurs "éléphants" du parti, prônant, dans le sillage d'un Laurent Fabius, une "économie sociale et écologique de marché" ou reprenant l'idée d'une "démocratie participative" ou d'un "ordre international juste", fers de lance de Ségolène Royal.

Elle comporte un rappel aux règles de vie commune, après la campagne dissidente du "non" socialiste à la Constitution européenne et une présidentielle en ordre dispersé derrière la candidate choisie par les militants.

Le PS "repose sur une adhésion volontaire qui demandent que les décisions, les textes, les règles délibérés et adoptés en commun soient respectés", stipule l'article 20.

Laure Bretton

Publié dans PS

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