« Quels enjeux, quelles perspectives pour la refondation d’une gauche radicale ? »

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

 

Gilbert DALGALIAN


« Quels enjeux, quelles perspectives pour la refondation d’une gauche radicale ? »


par


Raoul Marc JENNAR



1. Je partage totalement les observations préliminaires sur les 125 propositions. Ce n’était pas un projet de société ; ce n’était même pas un programme présidentiel ; c’était tout au plus un catalogue d’intentions pour un programme gouvernemental. Ces propositions contenaient des incohérences nées d’une volonté de concilier des points de vue relevant de conceptions très éloignées de la fonction de l’économie dans la société. Une réponse identique aux problèmes posés par les finalités de la production et de l’échange n’existait pas.


Il faut en tirer une leçon qui ne me semble pas présente dans le texte avec assez de clarté : on ne peut rassembler au-delà d’une même vision globale du futur. Rassembler sur un projet qui se contente d’être « antilibéral » ou « anticapitaliste », c’est-à-dire un projet qui se limite à exprimer des rejets fussent-ils partagés, ne fournit pas le lien fort nécessaire pour bâtir une coalition porteuse d’une espérance commune. Rassembler sur une utopie – fut-ce l’autogestion présentée comme la réponse à tout – ne peut davantage suffire, car un projet de société, même visionnaire, doit rester crédible.


2. En ce qui concerne les trois « leçons du désastre » que tire l’auteur, je voudrais formuler trois observations que m’inspirent la réflexion et l’observation de la suite des évènements, ce qui implique de ma part la reconnaissance de certaines erreurs d’analyse :


a) au sein du collectif national, nous étions profondément divisés sur notre perception du PS. Certains partageaient avec un certain nombre de ceux qui militent courageusement au sein du PS la conviction que le PS pouvait modifier son orientation néolibérale et qu’un nouveau rapport de forces à gauche y contribuerait ; d’autres, dont j’étais (j’avais adressé une lettre ouverte aux socialistes du « non » après le congrès du Mans et sa synthèse inacceptable), développaient la théorie dite des deux gauches. Ce sont les premiers qui l’ont emporté. Or, la suite a confirmé et même accentué la dérive néolibérale massive du PS avec la candidature de Ségolène Royal, les ralliements qu’elle a suscités y compris de la part d’anciens ténors PS du « non », l’orientation du programme du parti et de sa candidate et ses appels au Modem. Il faut tirer les conséquences de cette évolution. Il ne peut y avoir de rassemblement d’une gauche de gauche en dehors d’un constat non équivoque : le PS comme tel n’est pas un partenaire pour la transformation sociale.


b) toute notre démarche (voir le document stratégique) reposait sur un postulat : nous nous battons pour le pouvoir, nous entendons gouverner. Nous avons entretenu l’illusion jusqu’en décembre 2006 que c’était à portée de main. Je crois que ce fut une erreur majeure. Ce fut une erreur parce que cela ne reposait que sur un acte de foi. Toute ma vie, ma foi en l’homme a relevé de cette « foi qui renverse les montagnes ». Je crois aux vertus mobilisatrices du volontarisme. Mais à partir d’un minimum d’éléments concrets. Il est certain qu’une candidature unique de la gauche de gauche aurait fait l’évènement et aurait créé un nouveau rapport de forces à gauche. C’était une erreur de croire et de faire croire que nous pouvions nous substituer au PS comme premier parti à gauche. Nous avons cultivé cette illusion en nous appuyant sur les résultats du référendum et sur la place du « non » de gauche dans ce résultat. Je crois aujourd’hui que nous avons commis une erreur et que le « non » de droite était plus important que ce que nous avons cru et affirmé. Ce qui signifie que notre candidat(e) unique n’aurait pas pu espérer l’emporter. Et qu’aux législatives, dans le meilleur des cas, nous n’aurions été en position que de négocier une participation gouvernementale. Ce qui signifiait en fait la reconduction de la gauche plurielle. Nous avions indiqué que nous refusions cette perspective, mais il était manifeste que ce n’était la position ni du PC, ni même de certains « alternatifs » ou « altermondialistes » comme la suite des évènements l’a mis en évidence. Il y avait dans nos rangs des gens et des structures prêts à collaborer avec le PS.

Nous n’aurions donc été, dans l’hypothèse la plus favorable, que l’élément d’appoint du PS et alors se serait immédiatement posée la question des concessions à faire, c’est-à-dire la question de notre capacité à conduire vers une réelle transformation sociale. Reconnaissons aujourd’hui que la direction de la LCR avait quelques raisons de douter de notre capacité à faire fléchir le PS. Nous avons perdu le soutien de la LCR parce que nous avons cessé avec le document « Ambitions et stratégies » d’être crédibles sur nos ambitions et notre capacité à les réaliser.

C’est la seconde leçon que je tire aujourd’hui : une ambition crédible doit être triple :


- nous devons être les porteurs d’un projet pour une autre société

- nous devons être la force qui se crée autour des luttes à la fois de résistance au capitalisme et d’alternative à ses pratiques

- nous devons construire une force en capacité d’influencer : nous ne devons pas lutter pour le pouvoir, nous devons lutter pour avoir du pouvoir, c’est-à-dire de l’influence ; une influence telle qu’elle force les autres à changer.


c) Le ni-ni des « Alter » (ni le PCF, ni la LCR) ne débouche que sur l’impasse de l’éparpillement. Restons lucides sur ce qu’ont été ces deux partis et sur ce qu’ils sont aujourd’hui, mais surmontons nos rancœurs et nos déceptions de 2006/2007 (et je n’ai pas manqué d’exprimer les miennes) et voyons quelles sont les possibilités concrètes de construire un nouveau sujet politique. Et avec qui.


3. Je partage les constats sur les limites et les faiblesses de la démocratie représentative ; je trouve par contre que les propositions qui s’en suivent sont d’une très grande indigence. Ceci s’explique peut-être par le sentiment collectif dominant en France d’être la « patrie des droits de l’homme à la pointe de la démocratie » Rien n’est plus faux. La France n’est ni à la pointe de la défense des droits humains, ni à la pointe de la démocratie. La gauche néolibérale comme la droite néo-pétainiste ont fait adopter des lois liberticides. Du local au national, les institutions de la République sont loin de satisfaire aux exigences d’une démocratie telles que, par exemple, elles étaient débattues entre 1789 et 1793. Le combat pour la démocratie fut longtemps celui des socialistes. Depuis la présidence de Mitterrand, il a manifestement cessé de l’être. Il y a un vaste chantier pour une gauche radicale dans la définition des termes d’une démocratie avancée. En France et en Europe.


4. Je ne vais pas ouvrir ici un débat sur l’autogestion. J’y adhère dans un certain nombre de situations. Mais je doute que l’autogestion puisse apporter la réponse efficiente à tous les problèmes que pose le capitalisme mondialisé. Je considère que nous devrions nous garder de présenter l’autogestion comme la potion magique, comme la clé qui ouvre toutes les portes, comme un nouveau dogme incontournable et indépassable. Si nous tirons quelques leçons du XXe siècle, que ce soit d’abord celle qu’il n’y a pas de modèle préconçu applicable en tous lieux, en tous temps et adaptable à toutes les situations.


5. Je ne partage pas la relecture de l’histoire moderne qui consiste à attribuer tous les maux du communisme réellement existant au stalinisme et qui préserve 1917 comme un moment héroïque de l’histoire de la gauche et du mouvement ouvrier. Le bolchévisme qui triomphe alors fait écrire à Rosa Luxemburg : « la liberté, c’est d’abord la liberté de celui qui pense autrement ». Et je refuse qu’on invoque les circonstances, car ce serait accepter que la fin justifie les moyens. C’est la leçon que doit nous apprendre le communisme tel qu’il a réellement existé, de Lénine à Pol Pot : la fin se trouve déjà dans les moyens. Si on accepte cette leçon, on évitera de se fourvoyer à nouveau.


6. Je suis convaincu qu’il faut faire connaître toutes les formes d’économie alternative et les succès qu’elles peuvent rencontrer ; je suis convaincu qu’il appartient aux pouvoirs publics de favoriser les conditions de leur développement. Mais je trouve un peu court de tout miser sur les ébranlements du capitalisme, - depuis 1848, l’effondrement du capitalisme nous est annoncé avec la même régularité que le début de la lutte finale – « pour un partage du pouvoir économique et pour un nouveau rapport de forces politique. » Il serait temps de ne plus construire l’espérance d’une transformation sociale sur des cataclysmes qui n’arrivent jamais. Renonçons une fois pour toutes à cette imprégnation du religieux dans nos comportements politiques. Nous n’avons que faire de prophètes annonciateurs d’apocalypses par lesquelles ils maintiennent leurs fidèles dans le giron de leur église. Nous avons plus et mieux à faire. Soyons de bon compte : nous avons encore à élaborer quelle est notre alternative à une « économie basée sur une concurrence libre et non faussée ». C’est ce chantier qu’il faut entamer. De même, il ne suffit pas de dire que le capitalisme mondialisé « ne doit sa survie qu’au consentement ou à la passivité relative des peuples ». C’est vrai. Mais une perception exacte de ce que signifie aujourd’hui le capitalisme mondialisé ne peut pas se satisfaire comme alternative de propos incantatoires sur l’autogestion et sur la nécessité d’un « persévérant travail syndical et politique international ».


7. Il y a – et ce n’est pas le seul fait de l’auteur – une contradiction entre l’aspiration à des formes non hiérarchisées d’action politique et sociale et la volonté de fédérer l’éventail des anticapitalistes. Parce que cet éventail est composé d’individus, de groupes, d’associations et de partis politiques. C’est à mes yeux sous-estimer les potentiels d’une véritable construction respectueuse des composantes. Les confédérations syndicales fournissent un modèle qu’on pourrait étudier et adapter. C’est une piste qui semble négligée.


Il y a aussi - et c’est le fait de l’auteur - un concept vague : les « Collectifs » (avec majuscule).

De quoi, de qui s’agit-il ? Ces questions méritent des réponses précises.


S’agit-il de personnes qui érigent en combat majeur, absolu et définitif la distinction entre « altermondialistes » et « altermondistes » (une distinction qui peut avoir du sens et que je suis prêt à discuter) ? S’agit-il de militants de la décroissance décidés à épurer au nom de leur pureté tous ceux qui ne sont pas aussi décroissants qu’eux ? Bref, s’agit-il de personnes qui ne sont ensemble que pour mieux affirmer leurs différences ? Comme on en a fait à plusieurs reprises l’expérience.


Ou s’agit-il de groupes constitués, quel que soit par ailleurs leur mode de fonctionnement ?


Dans ce dernier cas qui me semble correspondre à la réalité, pourquoi faire grief à la LCR d’être « exclus d’emblée » en qualité de collectifs à son projet de nouveau parti anticapitaliste puisqu’elle s’adresse directement aux militants alternatifs, altermondialistes, écologiques, etc ? Sans s’adresser aux structures. Alors de deux choses l’une, si on veut répondre à la LCR : ou bien, on réclame un dialogue des structures (comme le font certains qui n’ont toutefois rien proposé à la LCR) ou bien, au nom du rejet des appareils, on s’investit massivement comme militant dans la transformation de la LCR en un parti dans la forme qu’on veut lui donner.


Je me suis assez prononcé sur l’absolue nécessité d’adapter la manière d’agir ensemble dans l’espace politique aux potentialités offertes par plus de cent ans d’instruction obligatoire, par l’élévation du niveau général d’éducation, par le développement des savoirs et des technologies de transmission du savoir et par l’exigence citoyenne de participation. Nul ne peut voir en moi un défenseur des appareils tels qu’ils existent et fonctionnent. Ils portent en eux tous les défauts de la délégation telle qu’elle a été conçue au 19e siècle. Ils sont consubstantiels de la crise de la démocratie représentative. Mais précisément parce qu’ils sont parties intégrantes de la démocratie. Aussi loin qu’on remonte dans l’histoire des humains et de leur volonté de gérer la sphère publique, on trouve des coalitions d’idées et d’intérêts. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Nous devons inventer des formes nouvelles de fonctionnement de ces groupes humains qu’on appelle les partis ; on ne peut pas les faire disparaître. Ce ne serait de toute façon qu’un changement de dénomination. A l’hypocrisie d’une transformation si cosmétique, je préfère prendre à bras le corps la nécessité de réformer les partis ou d’en créer un autre qui intégrera ces réformes indispensables.


En conclusion, j’estime que le document proposé contient beaucoup de constats pertinents et évoque beaucoup de bonnes intentions. Mais les enjeux auxquels nous sommes confrontés réclament d’aller beaucoup plus loin dans la crédibilité et la rigueur des propositions. Son mérite principal est de lancer le débat. Et ce n’est pas dérisoire.


RMJ

24.03.2008

 

Publié dans Politiques

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B
encore faut-il que la nationalisation des banques - et des assurances ne soit pas un des moyens de sauver l'oligarchie financiere, de piller l'épargne des salaries et retraites pour rembourser les actionnaires et créances vis a vis des institutions internationales et renforcer les credits militaires et policiers
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R
Parmi les débats qui comptent au sein de la gauche pour clarifier nos positions :<br /> <br /> APPEL DES ECONOMISTES : LE DEBAT A GAUCHE ET LA QUESTION DE LA PROPRIETE DES BANQUES.<br /> Fin mars, un appel international d’économistes contre la liberté de mouvement des capitaux en Europe a été simultanément publié par : L’Humanité, Le Monde diplomatique, Politis, l’émission Là-bas si j’y suis, Flamman (Suède), Trybuna Robotnicza (Pologne), Publico (Espagne), Il Manifesto (Italie), Tageszeitung (Allemagne).<br /> Son succès a été immédiat, au point que le site internet de cette pétition a parfois été saturé. En dénonçant la spéculation financière et la crise qu'elle a provoqué, ce texte colle à une actualité brûlante, tout en visant un objectif limité : il demande seulement l'abrogation des articles 48 et 56 du traité de Lisbonne, l'un relatif à la liberté d'implantation des institutions financières et l'autre interdisant toute restriction à la liberté de circulation des capitaux. Il s'agit, pour ses auteurs, de « lancer le débat » , selon une tradition bien ancrée au sein d'une « gauche de la gauche » souvent plus bavarde qu'efficace.<br /> Grande crise mais modeste ambition des pétitionnaires, revendication portant à nouveau sur un traité dont l'adoption est un des rares succès récents de Nicolas Sarkosy, interrogations sur la possibilité et l'efficacité d'éventuelles restrictions aux mouvements de capitaux au sein de la zone Euro : la démarche devait nécessairement soulever des interrogations chez les militants avertis.<br /> J'ai adressé à certains signataires un texte critique portant entre autres sur les points suivants:<br /> - l'appel oublie de rappeler que liberté de circulation des capitaux découle en premier lieu de l'Acte Unique Européen, le chef d'oeuvre de Jacques Delors voulu et réalisé par les socialistes européens, au premier rang desquels les socialistes français. En fait, contrôler démocratiquement les mouvements de capitaux en Europe obligerait à remettre en cause tous les traités européens et notamment ceux de Maastricht,soutenu par le PS et d'Amsterdam, négocié par le gouvernement PS-PCF-Verts de Lionel Jospin. <br /> - l'appel se contente de demander l'abrogation de deux articles du seul traité de Lisbonne. La situation était-elle donc plus satisfaisante avant l'adoption de cet accord international? En réalité, la domination de la société par le capital financier est bien plus large que la seule liberté de circulation des capitaux. Au demeurant, même dans l'hypothès où un gouvernement voudrait utiliser une possibilité juridique de restreindre cette liberté, les spéculateurs, banques et sociétés transnationales n'auraient aucun mal à contourner les mesures de restriction (Voir, par exemple, l'interview de Jean-Paul Fitoussi dans le dernier numéro d'Alternatives Economiques.)<br /> <br /> La revendication formulée dans l'appel revient en fait à demander le rétablissement d'une sorte de contrôle des changes, qui a échoué dans le passé, et dont on se demande quel sens il pourrait avoir au sein d'une zone monétairement unifiée comme la zone euro. Les signataires songent-ils à remettre en cause l'Euro et à demander le rétablissement du Franc, dont le coût économique pourrait être énorme? Oublient-ils que la création de l'Euro, comme tous les instruments forgés par le capitalisme, a un aspect contradictoire, et que le versant positif pour la France en est la disparition de la contrainte extérieure, puisque le risque d'une dévaluation de la monnaie nationale a disparu1?<br /> <br /> La remise en cause de la dictature du capital financier doit être globale et permettre un financement des entreprises par d'autres mécanismes que ceux des marchés spéculatifs. C'est la propriété privée des banques qui permet aux capitalistes de contrôler l'économie dans son ensemble. Il faut avoir le courage politique d'en tirer la conclusion qui s'impose: la seule solution réaliste à la crise fiancière réside dans la nationalisation, ou mieux, compte tenu de la dimension internationale des questions financières, dans l'Européanisation (propriété publique europénne) de l'ensemble du système bancaire. Il pourrait ainsi être transformé en un service public européen de financement de l'économie, au service du monde du travail. <br /> (Les capitalistes et les libéraux britanniques ont donné le bon exemple en nationalisant la banque Northern Rock : eux au moins ne s'embarassent pas de considérations idéologiques et savent faire tomber les quand leurs intérêts fondamentaux sont en jeu. )<br /> J'avoue avoir été déçu par les réponses de deux des signataires.<br /> <br /> Pour Frédéric Lordon, « (...) vous ne connaissez pas les travaux, les propositions des signataires et (...) vous méconnaissez les contraintes qui pèsent sur la rédaction d'un texte de pétition. <br /> 1. Des idées, telles que celles que vous appelez de vos voeux, nous en avons, nous les avons exprimées depuis un certain temps -- pour ma part depuis un an déjà, j'ai proposé un mécanisme appelé SLAM pour limiter la rémunération des actionnaires et leur ôter toute incitation à la surexploitation indéfinie des salariés. <br /> 2. Mais ça n'est pas avec des idées "techniques" qu'on fait une pétition ouverte au plus grand nombre sauf si on souhaite rester entre économistes -- ce qui n'est pas bien malin. Il nous fallait donc un objectif plus général et précis en même temps. D'où l'art 56<br /> 3.Personne d'entre nous n'a jamais dit que l'art.56 abrogé, tout était terminé. Nous considérons cette abrogation comme le PRELABLE au déploiement de toutes nos autres propositions (...) »<br /> <br /> Certaines réponses à la réponse s'imposaient d'elles-mêmes :<br /> 1 Je me suis intéressé à la proposition de SLAM mais il me semble qu'elle n'a pas été formulée pour répondre à la question de la crise financière. Je ne vois pas en quoi cette proposition entrerait en contradiction avec la revendication de la nationalisation-européanisation des banques. <br /> <br /> 2 « Ce n'est pas avec des questions techniques qu'on fait une pétition ouverte au plus grand nombre ». Deux articles d'un traité, dont un relatif à une question aussi complexe que celle de la liberté de circulation des capitaux, constituent bien un sujet technique. Le choix d'un tel thème de campagne me semble d'ailleurs poser un problème stratégique évoqué plus haut.Il serait nettement plus habile de ne pas se placer sur un terrain choisi par l'adversaire et , sur la forme (mais ça compte) de cesser de simplement s'opposer, d'être seulement « « contre » ». Il faut faire porter le débat publique sur une question qui mette l'adversaire en difficulté. La proposition de nationaliser-européaniser les banques se prêterait très bien à une pétition populaire. <br /> <br /> 3 « Personne d'entre nous n'a jamais dit que l'art.56 abrogé, tout était terminé. » Une question vient immédiatement à l'esprit, celle de savoir si la situation qui préexistait à la ratification du traité de Lisbonne était préférable à celle qu'il a créée. En fait, l'article 56 n'a rien changé : la libre circulation des capitaux était déjà la règle en vigeur depuis l'adoption de l'Acte Unique et du traité de Maastrichtdont l'appel ne parle pas. L'abrogation de l'artcle 56 n'aurait aucun effet juridique! <br /> <br /> Pour Geneviève Azam :<br /> « Cette pétition n'est pas une analyse globale de la crise du capitalisme (...)Nous l'avons conçue comme une possibilité de lancer un débat public sur le sujet de la crise financière(...)<br /> Mais il est vrai, comme vous le dites, que remettre en cause ces articles<br /> remet en cause l'édifice de la construction européenne.<br /> Et je ne crois pas qu'exproprier la classe dominante puisse faire l'objet<br /> d'une pétition, il faudra un autre rapport de force, qui reste à<br /> construire... modestement cette pétition voudrait y contribuer ».<br /> <br /> Là aussi, les réponses à Geneviève Azam coulent de source : <br /> Une analyse globale du capitalisme n'a pas sa place dans une pétition, mais ce n'est pas l'objet des objections à la pétition! Après le succès du « « non » » au projet de traité constitutionnel européen, le rejet de l'Europe libérale est largement répandu dans l'opinion. Il faut donc passer à l'étape suivante : ne plus seulement se placer sur le terrain choisi par nos adversaires et apparaître comme de simples opposants « nonistes », mais proposer des solutions aux problèmes les plus urgents. <br /> <br /> Il faut constater avec regret que ni F. Lordon ni G. Azam ne donne leur avis sur la revendication de la nationalisation-européanisation des banques. <br /> <br /> Ils ne répondent pas davantage sur les nombreux problèmes qui se poseraient à un gouvernement qui voudrait contrôler les mouvements de capitaux sans nationaliser les banques. Dans une zone monétaire unifiée, on peut faire confiance à l'habilité des banquiers et des patrons pour contourner toutes mesures qui seraient prises en ce sens, et qui supposeraient d'ailleurs la mise en place d'un système de police financière particulièrement développé et donc coûteux et bureaucratique. Le seul moyen efficace de contrôler les mouvements de capitaux est de prendre le contrôle direct des banques et de placer à leur tête des dirigeants chargés de mettre en oeuvre une politique nationale et européenne définie démocratiquement. <br />   <br /> Pour nombre de militants,il convient de faire porter le débat sur des propositions remettant clairement en cause la propriété capitaliste. La réalisation d'un tel objectif nécessite évidemment un rapport de force bien différent de celui d'aujourd'hui, mais nous avons devant nous une opportunité historique. Avec la crise des marchés financiers, c'est le coeur même du capitalisme sous sa forme actuelle qui en devient le point faible. C'est donc là qu'il faut attaquer. La nationalisation de Northern Rock, les prises de participation de fonds souverains, donc d'états, dans le capital de certaines banques américaines, les appels nombreux à une intervention de la puissance publique et les interventions massives des banques centrales rendent crédible la revendication de la transformation du système bancaire en un service public européen. Il est facile de faire le lien entre l'activité bancaire et celle des entreprises, d'expliquer comment des banques au service du monde du travail pourrait rapidemment financer à un coût raisonnable les investissements et donc les créations d'emploi dont nous avons cruellement besoin, comment elles pourraient financer bien mieux les créations d'entreprises nouvelles, la recherche de solutions technologiques aux défis environnementaux, etc. <br /> <br /> Bien évidemment, l'idée même de nationalisation est, du point de vue dominant, notamment au sein de la gauche caviar, archaïque, ridicule, et portée par des gens qui rêvent de reconstruire en France l'URSS de Staline ou l'Albanie d'Enver Hoxha1... Il est certain que des universitaires, qui sont du fait même de leur fonction et de leur être social, particulièrement exposés aux pressions idéologiques, prendraient un risque terrible à soutenir une telle idée : ils attireraient sourires et sarcasmes de nombre de leurs collègues, seraient tournés en ridicule dans les colloques où ne s'expriment que les « gens sérieux » et pourraient même être un jour cloués au pilori par Libération ou tout autre organe de la gauche caviar. A moins que dans la tourmente actuelle, après avoir été dépassés sur leur gauche par Gordon Brown, ils le soient par un mouvement irrésistible porté par une crise sans précédent et qu'ils se mettent à la remorque d'une Histoire qui verra revenir en force l'Etat et l'intervention publique. <br /> <br /> Yannick Ryckelynck, le 08/04/08<br /> <br /> 1Voir, par exemple, le point de vue de Danielle Bleitrach dans son article «Pourquoi la gauche française ne parle plus des nationalisations et se réserve les moeurs? » publié le 20 février 2008 sur le site Le Grand Soir (www.legrandsoir.info) <br /> Retrouvez l'intégralité du débat sur http://europe-rouge.over-blog.fr/
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C
Peut-être est-ce une question de génération : je partage les réticences de RMJ et y ajoute mon grain à moudre.<br /> S'agit-il de "refonder une gauche radicale" ou d'abord de se proteger des conséquences sociales de la crise financière, de la politique sarko et de récupérer nos acquis sociaux et démocratiques? L'oublier, c'est n'être ni de gauche, ni radical. <br /> Un parti, des partis, des assises, des états généraux, pour quoi faire? Eh bien pour être utiles au peuple. Ce que sont de moins en moins les partis de gauche..et au dela. Or il y a urgence. Sarko est pressé car le temps lui est compté, l'ouverture limitée, Bruxelles et la BCE pressantes. Dans l'attente d'un nouveau parti, il faudra pratiquer l'unité entre ceux qui existent grands et petits. Et vite. Le veulent-ils?<br /> Beaucoup en doutent, d'ou le malaise et la retenue de se lancer dans les luttes. Et beaucoup de leaders, sinon tous, de contourner le problème, de s'occuper à son "ailleurs" personnel. D'autant que a Paris, Bruxelles ou ailleurs, la finance n'est pas inactive derriere les media, les "missions", les interview payantes et autre ONG pour amollir et dissoudre les NONs, flatter les egos, financer les forums.<br /> On a même du mal à reformuler un programme d'urgence : abroger les lois Chirac et Sarkozy, bloquer les prix et les loyers, renationaliser, etc. C'est aussi vrai de la gauche de la gauche. Moyen orient, OTAN, paix, désarmement...cela s'estompe, on fait silence sur le liban, israel, l'irak, l'iran...Les gauches auraient -elles peur des sujets qui fachent et d'affronter le mur mediatique sur ces sujets?<br /> Enfin, et c'est un probleme présent dans le cas probable ou, ayant epuisé majorité et ouverture, Sarko devra dissoudre pour appeler la gauche à cohabiter comme Chirac et Jospin en leur temps: faut-il séparer gauche de l''extreme gauche ou expulser les ailes droites, participationiste et atlantiste du PS et du PCF pour refonder une union de la gauche anti-liberale ouverte sur cette même "extreme gauche"?
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