Marseille Contre Attaque à gauche : bilan et perspectives …

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

 Armelle Chevassu 23 mars 2008 ( à gauche)



Contexte et lancement :

Sans retracer de manière exhaustive les deux mois qui ont précédé le lancement des listes « Marseille contre Attaque à Gauche », il parait cependant utile de revenir sur le contexte de l’automne: pour la première fois depuis longtemps à Marseille le PS apparait unifié derrière JN Guérini (président du CG au bilan contestable notamment sur la question sociale) qui annonce dès septembre sa candidature, et définit clairement d’emblée sa manière de faire : il ne veut pas d’accords « d’appareils » mais va s’employer à réunir des « personnalités » sur un projet à consonance nettement libérale, d’où le seul mot « gauche » est absent, « faire gagner Marseille ».C’est ainsi que très vite les élus communistes, dont certains pourtant bien engagés dans l’aventure des collectifs antilibéraux vont rejoindre l’équipe Guérini, mettant du même coup le PCF 13 dans une position délicate. Les collectifs antilibéraux, s’inscrivant dans leur recherche d’unité de la gauche antilibérale et anticapitaliste, vont pendant deux mois continuer de rencontrer inlassablement les uns et les autres : Verts, communistes, Rouges Vifs, LCR afin de tenter de trouver un accord pour constituer ensemble des listes communes.

On connait la suite : les Verts marseillais, tentés un temps par l’autonomie, vont vite rejoindre les listes Guérini. Le PCF au terme d’un temps qui semblera bien long finira par réunir ses adhérents afin qu’ils tranchent : une alliance avec le PS ou des listes communes avec les collectifs antilibéraux et la LCR ? Il est intéressant de noter que près de 20 % des adhérents se prononceront pour la deuxième proposition et que parmi ceux là, certains feront activement la campagne MCAG.

Marseille Contre Attaque à Gauche voit le jour début décembre, lors d’une assemblée générale. Ont répondu présents la LCR, initiatrice du mouvement, des militants des collectifs antilibéraux, dont les Alternatifs, des adhérents de l’association Utopia … Au final les listes seront constitués de militants certes mais aussi de ces « citoyens » non encartés ou ex-encartés, actifs dans le mouvement social, syndical, associatif. Une belle dynamique se créera vite autour de ces listes. En décembre, Michel Pirrottina, animateur du RACO, et ancienne tête de liste en 2001 des MotivéEs, sur le 4ème secteur rejoindra MCAG.

Elaboration du programme et campagne: autour d’une plateforme «LCR » vont s’agréger et trouver leur place d’autres propositions, toutes axées sur des idéaux communs : remettre du lien social et de l’égalité entre tous les citoyens au travers des services publics pour répondre aux besoins fondamentaux et faire vivre la démocratie locale en articulant représentation (élus) et participation (population concertée et associée au sein de conseils de quartiers, budgets participatifs …). C’est un programme qui se propose d’apporter des réponses concrètes aux problèmes quotidiens des marseillais et qui s’inscrit dans la nécessaire remise en cause du système économique libéral.

La campagne électorale s’est faite à la fois secteur par secteur et sur l’ensemble de la ville, avec des initiatives, des prises de paroles publiques et des communiqués de presse rédigés par les cinq porte- parole, représentatifs des composantes des listes.

Ces listes ne sont pas apparues comme des listes purement «LCR » et peu à peu s’est imposé aux media un chœur «  gauche radicale », à la fois uni et « pluriel ». Le fait d’avoir opté pour un collectif de porte parole et non une tête de liste générale aurait pu nous faire perdre en visibilité mais ce ne fut pas le cas. Le programme et la manière de se présenter ont suscité de l’intérêt et nous n’avons au final pas trop souffert du phénomène du « vote utile », montrant bien par là qu’il se fait jour une attente de propositions concrètes pour répondre à la crise sociale particulièrement aigue à Marseille. Avec un programme clairement antilibéral, des interventions nettes renvoyant souvent dos à dos les projets pharaoniques des deux candidats « poids lourds », nous avons fait entendre une différence et donné envie de voter ou de revoter, suscité la volonté de participer à la vie démocratique communale.

Notre ambition était de toucher les catégories sociales souffrant le plus, les relégués, les quartiers populaires. Il faut reconnaitre qu’une fois encore c’est le clientélisme « de gauche » qui y a fait le plein des voix, montrant bien que la gauche de la gauche, la vraie gauche a tout à faire pour se faire connaitre et convaincre.

Nous avons lors de ces quatre derniers mois travaillé ensemble, en faisant tomber les barrières entre nous. Nos listes ont été perçues comme évidentes et nécessaires, répondant à une attente, occupant indéniablement une place, trouvant une audience parmi une population assez conscientisée politiquement, parfois précarisée économiquement, très critique vis-à-vis du PS et commençant à mesurer les impasses de la social-démocratie.

La question des fusions avec une autre liste, si nous dépassions les 5% s’est bien sûr posée et parmi les candidats engagés sur ces listes, le débat a été intense, pour savoir si nous devions ou non avoir des élus au prix de fusions avec les listes socialistes.

Pour ma part, si au commencement j’étais absolument hostile à toute idée de fusion, au fur et à mesure que nous avancions dans la campagne, il m’est apparu que nous pourrions et devrions avoir des élus, mais que pour cela il nous fallait examiner et débattre de ce que recouvre exactement le mot « fusion », et plus précisément l’expression « fusions techniques » employée par la LCR.. Toute fusion, si technique soit-elle, ne comporte-t-elle pas un minimum d’accord politique ? Etait-ce possible avec les listes « Faire gagner Marseille » ? Qu’aurions-nous pu négocier ?

Il m’est apparu aussi (et cela renvoie au dernier §) que ce que nous représentions était encore fragile, en ébauche.

Au terme d’une assemblée générale la veille du premier tour, nous avons défini la position dont nos porte parole se feraient l’écho le soir des résultats : pas de consignes de vote pour le second tour, rappeler que ces élections ne sont pas démocratiques, que l’absence de proportionnelle nous prive des élus auxquels les suffrages obtenus à l’issue du premier tour devraient nous donner droit, que le programme de JN Guérini n’a rien à voir avec le nôtre mais qu’il y a urgence à battre Gaudin à Marseille .

Nous n’avons donc pris aucun contact avec les listes de JN Guérini. A Marseille comme ailleurs, le PS a préféré choisir la carte MoDem. Un aspect qu’il ne faut pas négliger : nombre de nos électeurs nous ont cherchés sur les listes du deuxième tour !

« Marseille Contre Attaque à gauche » a marqué d’une empreinte claire cette campagne électorale. Les résultats en ont étonné plus d’un ! Dans le premier arrondissement, avec des bureaux avoisinant 17% des suffrages et une arrivée très nette en 3ème position sur le premier secteur, ils confirment l’ancrage d’une partie de la population sur la gauche radicale, visible sur Marseille, outre la LCR , au travers des collectifs antilibéraux, nés de l’irruption « citoyenne » sur la scène politique à l’occasion du référendum de 2005, et du mouvement social marseillais en général, et nous pensons tous en particulier au RESF dont les échos des luttes retentissent haut et clair dans nos mémoires immédiates.

 

« Marseille contre Attaque à gauche » a créé une dynamique, elle a sonné comme un signal d’appel et certains d’entre nous se posent aujourd’hui la question de savoir si nous ne pourrions pas garder ce nom, en faire celui d’une association qui portera dans notre ville les aspirations, les idées, les convictions qui ont été exprimées tout au long de ces derniers mois, en lien direct avec les luttes sociales et écologiques..A l’issue des ces élections, notre ville est plus que jamais coupée en deux, entre nord et sud, les frontières que nous dénoncions ne sont pas prêtes de tomber. Il va nous falloir occuper la place et faire entendre la voix de la gauche de combat, sociale et écologique, ouverte à tous ceux qui se reconnaissent dans ces luttes.

Plus que jamais également se pose la question d’un nouveau mouvement, d’un nouveau « parti » (j’emploie le mot à dessein car je sais qu’il en heurte plus d’un(e), mais peut être pourrons- nous redéfinir ce « gros mot » ?) pour rassembler tous ceux qui ne résignent pas à ce que les libéraux nous présentent comme inéluctable et indépassable et dont nous voyons chaque jour les intolérables dégâts, les inacceptables limites.

Nous avons vu lors de cette campagne que ce ne sont pas tant les propositions de transformation de la société qui posent problème entre nous, nous avons fait la preuve que nous savons « rêver », imaginer et combattre ensemble, mais ce sont pour l’instant les contours de ce nouvel outil dont il nous faut nous doter, qui font question.

Que pouvons-nous et que voulons-nous faire ensemble pour faire émerger et rendre crédible un autre mode d’organisation économique et politique ? Avec qui ? Comment ?

A chacun d’entre nous de s’emparer à sa mesure du débat et d’y prendre sa place.

Aucune organisation politique actuelle, aucun groupe, aucune tendance, aucun mouvement ne peuvent prétendre à eux seuls apporter une réponse à ces questions.





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