Intéressant article de Martin Wolf sur la tentative de sauvetage des banques américaines en injectant des liquidités...

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

qui confirme le rôle que joue la FED avec une belle image: elle est "le Mont-de-Piété des banquiers en faillite".

On y apprend que le total des fonds propres des mille plus grandes banques du monde n'est que de 3 365 milliards de dollars (en 2005) et qu'il y a 11 1000 milliards de titres dont la plupart ne représentent rien de réel (promesse d'acheter un titre représentant un fond qui possède des titres qui sont des créances douteuses sur des débiteurs qui n'existent plus):

Comme chacune de ces banques est remplie de petits Kerviel qui achètent pour 30 milliards d'euros de titres par-ci, 50 milliards par là, alors que leur banque n'a pas l'argent pour les payer, pensent les revendre plus cher avant, il n'est pas étonnants que la retombée de leur valeur globale fasse dire avec euphémisme que "les banques manquent de liquidités". En termes comptable, elles sont en cessation de paiement.

Suivi des commentaire de Nouriel Roubini, Goodson, Janér, et des réponses
de Wolf

En anglais:

http://www.ft.com/cms/s/0/4d19518c-df0d-11dc-91d4-0000779fd2ac.html?nclick_check=1

Commentaire en bon français:

Voilà encore quelques semaines on observait avec inquiètude la disparition de quelques milliards par ci, quelques autres par là, et la France était mise en émoi par les 7 milliards de dollars de pertes subies par la Société Générale.

Nous avons désormais nettement changé d¹ordre de grandeur.

Aujourd¹hui, l¹unité de compte des calculs « sur le dos de l¹enveloppe » qu¹affectionnent les américains, c¹est le billion (vf) de dollars, 1000 milliards de dollars [1].

Il y 15 jours, une éternité au rythme ou vont les choses, Martin Wolf, chroniqueur économique au Financial Times, reprenait le chiffre établi par Nouriel Roubini, et rappelait qu¹après tout, 1000 milliards ne représentent « que » 7% du PIB US. Il « suffirait » donc de laisser filer le déficit de 63% à 70%, et d¹accepter de payer 0,2% du budget en intérêts de la dette pour régler la facture de cette crise. Une « bagatelle
budgétaire », concluait-il, en comparaison des pertes subies lors des crises asiatiques qui avaient volatilisé des montants allant jusqu¹à 40% du PIB des pays concernés.

Les économistes intervenant sur le forum du Financial Times n¹ont pas tardé à le convaincre que l¹optimisme n¹est plus de mise.

Les échanges que nous résumons ici ont eu lieu avant l¹annonce de la nouvelle intervention de la Fed. Mais ils conservent tout leur intérêt et permettent d¹entrevoir la situation dans laquelle se trouve le système financier mondial. Au bord du gouffre.

Nous sommes tous roubinistes désormais

En réponse à Martin Wolf, Roubini affirme que les 1000 milliards ne sont que le sommet de l¹iceberg. Voici pourquoi.

Tout d¹abord, 1000 milliards représentent une somme quatre fois supérieure à celle de la faillite des caisses d¹épargnes, qu¹il chiffre à 250 milliards.

Deux, les crises financières volatilisent le capital des banques et obligent à les nationaliser.

Trois, le total des pertes de patrimoine sera bien supérieur à 1000 milliards. 10% de baisse de l¹immobilier entraînent une diminution de 2 000 milliards du patrimoines des ménages, soit 14% du PIB. L¹immobilier allant encore chuter de 10% au moins, les pertes atteindront 28% du PIB des USA, voire 42% si la dépréciation des biens est de 30%.

Quatre, lors d¹une récession standard, l¹indice boursier S&P 500 baisse de 28% en moyenne. Sur une capitalisation boursière de 20 000 milliards cela représente 5 600 milliards, soit 39% du PIB.

Cinq, l¹immobilier commercial est également touché par la crise et chutera de 10 ou 20%, faisant partir en fumée quelques billions de dollars supplémentaires.

Six, la première estimation de Roubini de 1000 milliards de pertes était basée sur 300 à 400 milliards dans le secteur des emprunts hypothécaires, le reste provenant des crédits à la consommation, crédits autos, LBO, monolines, CDS). Mais il juge que les pertes sur le seul secteur hypothécaire pourraient désormais atteindre de 1000 à 2000 milliards. 8 millions de foyers ont un patrimoine négatif (dettes supérieures à la valeur du bien). Si la baisse de l¹immobilier se poursuit, ce seront 16, 20 millions de foyers ou plus qui seront dans cette situation et pourraient choisir de se mettre volontairement en faillite pour se libérer de leur dette.

Ces montants phénoménaux détruiraient complétement le capital des banques
et conduiraient à une crise systémique.

Selon Roubini, le grand total s¹établirait donc à : emprunts hypothécaires
: 1000/2000 + autres pertes de crédit : 700, soit une facture de 1 700 à 2 700 milliards.

Le renflouement du système couterait entre 12 à 19% du PIB.

Les banques virtuellement en faillite ?

Kent Janér, de son coté, note qu¹avec une estimation des pertes situées entre 400 milliards - selon le G7, et 1000 milliards, les banques ont vu fondre l¹équivalent d¹une grande partie de leur capitalisation. Les apports des fonds souverains, qui ont tant agité les USA en raison de la valeur symbolique de ces rachats, n¹ont quant à eux amené que 90 milliards d¹argent frais, soit une misère.

Si elles sont encore loin de la faillite juge-t-il - en n¹ayant pas encore pris connaissance des dernières estimations de Roubini - leurs ratios prudentiels, leurs réserves, sont largement insuffisants et inférieurs aux niveaux de sécurité.

Martin Wolf précise que les total des capitaux propres (tiers un) des 1000 plus grandes banques mondiales s¹établissait à 3 365 milliards en 2006.

Leur stratégie actuelle consiste à passer les pertes à petites doses, tout en contractant la valeur totale de leurs engagements, pour maintenir des comptes présentables.

Cette façon de différer l¹heure de l¹apurement et de réduire leur activité provoque un préjudice majeur pour l¹ensemble de l¹économie, car elle implique la prolongation de la contraction du crédit.

Le volume total de crédit octroyé par les banques s¹élève à 74 200 milliards. Si les pertes réduisent les capitaux propres d¹un tiers, Wolf remarque que le volume des crédits octroyés devrait mécaniquement diminuer de 22 000 milliards, ce qui provoquerait à coup sûr une dépression majeure, s¹alarme-t-il.

Janér en conclut que les banques devraient être rapidement recapitalisées, de gré ou de force, pour leur permettre d¹éponger leurs pertes, s¹étonnant par ailleurs qu¹elles puissent continuer à distribuer des bénéfices alors qu¹immanquablement elles devront faire appel à l¹état pour restaurer leur capital.

Un autre intervenant, Rob Goodson, remarque que si effectivement un processus conjoint de constat rapide des pertes et de recapitalisation est requis pour liquider au plus tôt les séquelles de la bulle, il a peu de chances d¹être mis en oeuvre.

Il note que les USA sont en année électorale, peu propice aux décisions douloureuses, et que la culture libérale du pays rend improbable les solutions interventionnistes. De ce fait, au lieu de pratiquer une politique active de mise à plat des pertes, les autorités en sont réduites à accompagner un processus piloté par des banques qui veulent avant tout se préserver ce qui prolonge et amplifie d¹autant les effets destabilisateurs.

Wolf, au vu des chiffres de Roubini, estime que 2 000 à 3 000 milliards de pertes « décapiteraient le système financier. » La solution, serait alors la prise en charge par l¹état de l¹ensemble des pertes, dit-il.

Nationalisation est un mot (pour le moment) imprononçable aux USA

Ces échanges illustrent à la fois la gravité de la situation, et le tabou culturel que représente l¹intervention directe l¹état pour nombre d¹économistes US, qui voient là comme un aveu d¹échec inacceptable du modèle qui est le leur.

Mais la recapitalisation qui s¹impose de l¹avis de tous ne pouvant être imposée sans prise de contrôle, Hank Paulson en est réduit à « encourager [les banques] à renforcer leurs bilans » tout en rappelant qu¹il est nécessaire que ces établissements continuent à octroyer des crédits pour aider la croissance éonomique.

Voila la seringue ou sont piégées les autorités américaines. Les banques, qui réagissent en essayant de se protéger individuellement, aggravent la situation. Leurs réflexes de survie mettent en danger le système dans son entier. Mais sauf à prendre le contrôle de l¹ensemble de la place financière, il n¹existe aucun moyen de traiter en profondeur les causes et d¹y apporter des remèdes.

Faute de pouvoir briser le tabou, la Fed en est réduite à se transformer en mont de piété. Elle prend en dépôt des créances douteuses en échange de bons du Trésor.

En choisissant de fournir aux banques pour 200 milliards en échange des titres invendables, Bernanke tangente cette frontière qu¹il devra bientôt traverser contraint et forcé.

Car ces 200 milliards représentent bien peu en regard d¹un marché
totalisant 11 000 milliards de titres, et ne suffiront sûrement pas à «
reflater » les actifs pris dans le tourbillon de la spirale baissière.

La prochaine étape logique pourrait bien être le rachat pur et simple des créances douteuses, avant dernière tentative pour sauver les banques et l¹ensemble de l¹économie avant « l¹option nucléaire, » la nationalisation.

Publié dans Crise financière

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
un vrai article journalistique, pertinent, précieux et qui sent le vrai . c'est vraiment remarquable.
Répondre