La crise monétaire et la semence de l'avenir

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

Contribution de Pierre Assante

Section du 8ème arr. de Marseille

 1er février 2008

 

On peut avoir une grande connaissance et une grande pratique dans un tas de domaines, dans le social, dans les sciences, dans la politique, mais on ne peut faire de synthèse sur la réalité dans laquelle nous vivons, en avoir une vision non faussée, si nous ne savons ni ne comprenons la crise de dévalorisation du capital. Et particulièrement aujourd’hui.

Notre société s’est développée sur la base de cette valorisation du capital. Ce mode de fonctionnement c’est emparé de la masse des activités sur toute la planète. La valorisation du capital s’effectue par un prélèvement sur le surproduit du travail (celui produit en plus des besoins historiques immédiats du salarié). Plus le développement a besoin d’accroître l’investissement dans le capital constant (dans les outils les plus perfectionnés de production qui cristallisent le plus de travail), plus il est difficile de prélever sur le surproduit, et donc plus il est difficile pour le capital de se valoriser sans accroître un drainage de capital au détriment des activités nécessaires à l’humanité en tant qu’espèce et à l’individu humain dans son espèce et son environnement général. Le drainage du capital a connu différentes formes et différentes phases qui constituent des périodes particulières du développement du capitalisme, périodes dans lesquelles les interventions humaines ont orienté soit dans le sens du capital, soit dans le sens du travail, le développement humain.

La crise monétaire n’est pas la cause de la crise sociale mais une manifestation de la crise de valorisation du capital. Arrivé à une limite de la valorisation, le « mécanisme économique » sur lequel repose le développement humain se grippe et tout le développement humain de même. Il s’avère alors nécessaire de construire une issue basée sur un autre type de fonctionnement, on dit « changer de mode de production ». Changer de mode de production ne se fait pas seulement par une « prise de pouvoir », mais par une transformation graduelle du mode d’échange entre les humains, transformation qui modifie et pose la question de la démocratie des producteurs, du travail, des humains, sur le « que produire et comment produire ».

Une constatation illustre le fait que la crise monétaire n’est pas la cause de la crise sociale mais une manifestation de la crise de valorisation du capital, c’est tout simplement le fait que dans la crise des subprimes aux Etats-Unis et ailleurs, c’est la misère qui s’accroît et empêche le consommateur de payer ce dont il a besoin pour vivre, son habitation, sa maison. Et il en est de même et en sera de plus en plus de même pour tous les produits, qu’ils soient d’habitation ou autre. Ainsi la crise monétaire ne peut trouver, dans la durée, sa solution que par un remède à la dévalorisation relative du capital, qui est devenue une maladie chronique et n’a d’issue que dans un autre mode de production.

Les « Pays de l’Est » avaient engagé une forme de développement non basée sur la valorisation du capital, mais sur l’échange du travail, c’est-à-dire que les prélèvements effectués sur le surtravail étaient répartis non en fonction de valorisations du capital, mais de besoins de développement. L’inexpérience humaine de gestion globalisée, sortant du cadre millénaire du groupe humain restreint, le retard de développement initial de ces pays et sociétés correspondantes, les choix qui en découlaient en matière de démocratie du travail et de « que produire et comment produire », les types de choix des outils de production et leurs utilisations, sont certainement la cause de leurs échecs et non leur engagement dans une voie nouvelle de développement. La crise de société que nous connaissons actuellement, et qui se répercutera aussi dans le développement capitaliste de la Chine montrera de plus en plus clairement, pour ceux qui veulent bien essayer de la saisir, qu’un autre type de développement est nécessaire.

Les batailles politiques doivent prendre de plus en plus en compte cette réalité et l’expliquer sans quoi nous assisterons de plus en plus à ce qui se passe déjà : un phénomène d’alternances politiques sans issue, un désengagement de la population à ces alternances, un enfoncement dans une crise de type de fin d’Empire.

Pour récolter il faut semer, protéger ses semences, les aider à se développer. La saison est bonne aujourd’hui pour le faire. Malgré les apparences, elle n’a jamais été aussi bonne, à condition de vouloir le faire et de le faire, prendre le temps de le faire. Le communisme est l’avenir de l’humain, les formes qu’il prendra dépendront des soins que les générations mettront à le cultiver. Il faut re-commencer dès à présent. Le passé et le présent contiennent la semence de l’avenir.

Pierre Assante, le 1er février 2008


 

Publié dans Economie

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