Le développement inégal

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

Contribution de Pierre Assante

Section du 8ème arr. de Marseille

 27 février 2008

 

Le capital ne se valorise que s’il peut jouer sur sa partie variable, c’est-à-dire sur la main d’œuvre, le travail salarié.

Il ne peut donc réaliser l’automatisation poussée d’une production que s’il a d’autre part un appoint et un transfert d’une production faisant appel à de la main d’œuvre. Ainsi le développement inégal lui est indispensable car seul ce développement inégal géographique et social peut maintenir la production à main d’œuvre suffisante à la valorisation.

Les transferts de valeur (marchande), la multiplicité et la variété de ces transferts voilent cette réalité, pourtant évidente pour qui veut s’y pencher.

Les « pays émergents » vont, dans les décennies à venir, refuser que les pays « développés » continuent de gérer les bourses des valeurs, les techniques et le monde alors que le capital transfère la production hors des frontières des pays développés, en faisant de ces pays émergents les vrais maîtres du jeu. Ce sera la là meilleure démonstration de la question de la valorisation du capital qui devrait alors avoir recours à une guerre généralisée pour survivre, si on peut appeler survivre l’issue d’une éventuelle guerre. E.Berlinguer pointait cette question dès 1971 (1).

L’automatisation généralisée au marché mondial est en contradiction mortelle pour le marché capitaliste car elle met en cause ses lois de développement.

Le développement inégal a été DEJA analysé dans « Impérialisme, stade suprême du capitalisme », il y a près d’un siècle. Cette donnée a pris aujourd’hui une dimension généralisée et hypertrophiée et c’est la raison des difficultés et de l’impasse du capitalisme pour entrer dans une nouvelle phase d’adaptation. L’automatisation généralisée est la clef de la libération du travail (2).

L’organisation du travail sur la base d’une automatisation généralisée est la clef de l’humain universel pour qui le temps est dégagé pour une activité libre, un développement de la personne, l’explosion de la créativité et le développement durable. Pourquoi ne pas appeler ça par son nom : le communisme.

Il faut développer les données évoquées ci-dessus, d’un développement et d’un exposé scientifique qui réclame le passage par « la critique de l’économie politique, le Capital ».

La démocratie du travail par laquelle passe la transformation du « que produire et comment produire » (3), c’est-à-dire l’organisation micro et macro du travail, est donc bien la seule alternative au développement humain, autour de laquelle doivent s’organiser l’ensemble des activités humaines, la sauvegarde de la paix et le respect du prochain basé sur l’égalité sociale . On ne peut considérer l’humanité figée dans une situation immuable, ce qui reviendrait à la condamner à mort.

Pierre Assante
le 27 février 2008
http://monsite.orange.fr/pierre-assante2

(1) Le capital agit à la fois dans le cadre des nations mais aussi globalement. Cela transforme de rôle des nations dont le centre n’est plus le marché national mais la position dans et sur le marché mondial. Il n’y a pas affaiblissement des nations et de l’État, mais transformation de leur rôle et adaptation aux transformations du capital. Evidemment, cela suppose une législation conforme à ces transformations du capital. C’est bien la raison des bouleversements politiques de Reagan, Tatcher, Buch, Berlusconi, Sarkosy, et de toute politique libérale. Mais, contradiction : le capital veut et ne veut pas rayer l’histoire parce qu’elle le sert et le dessert en même temps, et cette contradiction n’est pas une autre contradiction que celle de la baisse tendancielle du taux de profit : c’est la même.

(2) Libération, pas de la production, libération du travail ! C’est-à-dire qu’on ne supprime pas le travail, on le rend libre, ce qui est différent. La distinction est une distinction de taille qui révèle les contraintes inhérentes aux rapports de classes. Le partage d’un repas par des hommes empreints par la lutte pour la solidarité transformé en hostie par l’institution contient tout ce que la dichotomie esprit/corps est induite par les rapports inégaux, que l’institution des dominants se réclame de la religion ou de la laïcité, dans ce cas la laïcité de classe qui est un retour à la domination religieuse. Il est significatif que la rencontre de la philosophie grecque avancée des commerçants antiques, de la lutte contre l’esclavage et la colonisation avec un mouvement populaire « de base », ait engendré un dieu avec un corps d’homme et les conséquences de ce corps d’homme. Les débats théologiques ont d’ailleurs immédiatement porté sur la constitution matérielle de ce dieu. Le débat a été rapidement tranché par l’institution au détriment du corps, et celui de « supprimer l’esclavage ou le rendre plus doux » par le maintient des dominations de classe, ce qui est la même chose : nier le corps. Il en est de même de la dichotomie « critique de l’économie politique/action politique d’émancipation humaine » et « critique de l’économie politique/rapports homme-femme » ou « critique de l’économie politique/rapports de subalternité décideurs-exécutants ». Trouver gonflant le travail dit théorique est de cet ordre de la dichotomie induite par les lois économiques de développement dans un système d’échange hiérarchisé. Ignorer ces lois, c’est la conséquence de l’imprégnation de cette domination sur l’ensemble de la société. Nier le corps, c’est aussi nier les techniques, évidemment.

(3) Cette expression est aussi une expression employée par Enrico Berlinguer. Créer, c’est marcher sur la corde raide. Il fut un temps on appelait ça ne tomber ni dans l’opportuniste de gauche ni dans l’opportunisme de droite. Mais on a vu comment cette formule a été utilisée pour justifier des positions dominantes contre les critiques au sens scientifique du terme (les critiques, pas les manœuvres politiciennes). Créer, c’est une situation de bel inconfort, de fidélité et d’infidélité, d’héritage des autres et de soi-même et de transformation saine de l’héritage. On mesure à quel point trancher dans cet inconfort pour stabiliser une réflexion, une situation, en réduisant les horizons à un horizon limité, est un conformisme mortel en voyant ce que les italiens du « Parti Démocratique » issu du PCI ont fait. Tenir les deux bouts consiste à ne pas opposer « l’horizon lointain » et « l’horizon immédiat », mais les rendre complémentaires en les unissant. Sombrer dans un seul aspect d’une question, d’un acte, ne pas « tenir les deux bouts de l’acte », avec tout ce qu’il y a « entre ces deux bouts » est une habitude humaine que l’on retrouve dans tous les groupes y compris ceux qui se réclament de la transformation sociale, habitude qui induit les querelles stériles, les divisions, les haines internes.

Publié dans Economie

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M
J’ai du mal à imaginer quel autre sens ou connotation aurait pour moi l’expression “ça me gonfle”, si j’avais été déterminée biologiquement en tant qu’être masculin …<br /> J’ai du mal à imaginer un fait quelconque qui pourrait se soustraire à l’interprétation, c’est-à-dire, à ce processus qu’Onetti désigne poétiquement au moyen de la métaphore du “sentiment”.<br /> J’ai du mal à imaginer une interprétation (ou deux ou trois ou plus) qui pourrait se soustraire synchroniquement ou diachroniquement, individuellement ou collectivement, à l’héritage, à la tradition, à la culture, au langage et à l’affect …<br /> J’ai du mal à imaginer “un matérialisme même pas dialectique” qui serait hors interprétation, donc, hors Histoire ou histoires …<br /> <br /> En revanche, j’imagine aisément le point problématique de cette phrase d’Onetti … La faille qu’elle ouvre … c’est-à-dire, ce qu’elle ne dit pas à propos du “vide” tout en “en disant quelque chose”.<br /> <br /> Donc, je m’interroge sur ce léger illogisme : les faits “sont toujours” vides mais prennent néanmoins la forme de ce qui les “remplit” … Pour l’instant, je n’ai trouvé qu’une réponse : tant qu’un fait n’est pas reconnu, ressenti comme existant, et suffisamment interprété … il sera toujours vide ou à moitié vide.
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B
«Les faits sont toujours vides : ils sont des récipients qui prennent la forme du sentiment qui les remplit.» Juan Carlos Onetti - <br /> Ca me gonfle gravissime : pour un matérialiste, même pas dialectique, ce sont les faits, les choses, y compris sociales qui produisent les idées et sentiments dans la petite cervelle de l'homme et dans les cervelles collectives de la société - exemple : les indemnités, missions et subventions europeennes ne sont pas pour rien dans la conversion des partis et mouvements de gauche et ultra au TCE, FSE, etc. En d'autres temps, on parlait d'argent du vatican, de la CIA, du KGB, de L'IS - tout cet argent aurait-il disparu?
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