Antilibéralisme ou anticapitalisme ? Comment ne pas prendre des vessies roses pour des lanternes rouges. [ Deuxième partie ]

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

Par Alain Bihr


Nécessité et insuffisance de l'antilibéralisme

Le rappel auquel il vient d'être procédé des différents axes de l'offensive libérale suffit pour évoquer la part prise par le néo-libéralisme dans la catastrophe sociale (mais aussi écologique, politique et symbolique) sur laquelle a débouché un quart de siècle de crise du capitalisme(1). Certes, tous les objectifs de cette offensive n'ont pas été atteints ou ne l'ont été que partiellement. Il n'empêche que la montée du chômage de masse, le développement des formes de travail précaire, la stagnation voire la baisse des salaires réels de certaines catégories de travailleurs, les dégradations des différentes formes de couverture des risques sociaux, la plongée de pans entiers des populations du Tiers Monde dans la misère la plus noire mais aussi la réapparition de poches de misère et l'aggravation de la pauvreté jusque dans les pays capitalistes développés, faisant contraste avec le rétablissement des profits des entreprises,
l'envolée des revenus patrimoniaux, notamment financiers, la subordination grandissante de la gestion des entreprises aux impératifs et aux intérêts du capital financier, de même que l'affaiblissement global du pouvoir régulateur des Etats en matière économique et sociale, tout cela procède bien, plus ou moins directement, des principes et des recommandations édictés par les idéologues et les politiques néo-libéraux.

Par conséquent, dans la mesure où l'offensive capitaliste contre les travailleurs, au sein des Etats capitalistes développés comme au sein du Tiers Monde, s'est menée sous le couvert de la bannière libéral et a emprunté au libéralisme ses objectifs, ses mots d'ordre, ses slogans, l'antilibéralisme a été et reste une nécessité. S'opposer au libéralisme en le dénoncant pour ce qu'il est, c'est-à-direfondamentalement une politique de classe, favorable aux intérêts de la classe dominante en général et de sa  fraction financière en particulier, en critiquant ses principes théoriques et en le combattant dans ses conséquences pratiques, est et reste un élément important de toute défense intransigeante des acquis antérieurs des travailleurs, tels qu'ils ont été fixés et figés dans les compromis institutionnels que le libéralisme entend démanteler.

Pour m'en tenir à un exemple, on ne répétera jamais assez, démonstration à l'appui, combien le projet de démantèlement des systèmes publics d'assurance-vieillesse fondés sur la répartition (donc l'institution d'une solidarité inter-professionnelle et inter-générationnelle) au profit de système privés de capitalisation (fondés sur le rendement de placements immobiliers et financiers) est une escroquerie du point de vue des travailleurs, dont les pensions de retraite sont ainsi revues à la baisse et
deviennent fondamentalement aléatoires ; tandis qu'il correspond pleinement aux aspirations du capital financier de mettre la main sur les milliers de milliards de francs qui chaque année se trouvent collectés par les caisses d'assurance-vieillesse au sein des pays capitalistes développés.

Mais pareille critique du néo-libéralisme, pour nécessaire qu'elle soit, reste insuffisante. Pour deux raisons essentiellement.

La première vient d'être implicitement évoquée. Limitée à elle-même, la critique du néo-libéralisme procède d'une position défensive, d'une position de repli sur les compromis institutionnalisés de la période fordiste que l'offensive néo-libérale se propose précisément de démanteler, pour remettre en cause les acquis des travailleurs qu'ils ont permis d'imposer et d'arracher à la classe dominante. Or la simple défense de ces compromis et de ces acquis est insuffisante.

D'une part, parce qu'il ne s'agit pas d'en faire un horizon indépassable auquel devrait s'en tenir une fois pour toute la lutte de classe des travailleurs : résultat d'un rapport de forces historiquement déterminé, ces compromis et ces acquis en ont aussi enregistré les limites.

D'autre part et surtout, parce que la défense nécessaire de ces compromis et de ces acquis doit aujourd'hui s'effectuer dans un nouveau contexte (celui de la transnationalisation) qui oblige de toute façon à aller au-delà d'eux, à envisager un horizon plus large, et à avancer en conséquence des propositions offensives. Par exemple, impossible de défendre aujourd'hui les différents systèmes publics
nationaux de protection sociale sans réglementer la circulation des capitaux et, notamment, celle des capitaux flottants opérant sur les marchés monétaires et financiers à des fins essentiellement spéculatives. Une partie de la mouvance antilibérale l'a d'ailleurs très bien compris qui, par l'intermédiaire du mouvement ATTAC, s'est fait le partisan d'une taxation des transactions financières du type de la taxe Tobin. Autrement dit, dans la guerre (lutte) des classes comme dans la guerre tout court, la meilleure défense reste l'attaque.

A cette première raison de l'insuffisance d'une position simplement antilibérale s'en adjoint une seconde, plus essentielle, qui tient à son ambiguïté foncière.

En effet, dans la mesure où le capitalisme avance aujourd'hui sous la bannière et le masque du libéralisme, l'antilibéralisme peut aisément passer et se faire passer pour anticapitalisme. Et ce d'autant plus que, pour des raisons qu'il serait trop long d'examiner ici, le pôle anticapitaliste s'est singulièrement affaibli au cours de ces mêmes dernières décennies qui ont vu se développer l'offensive libérale et sa réaction antilibérale. Or, ni dans ses principes ni dans ses conséquences pratiques, l'antilibéralisme n'est identifiable à l'anticapitalisme.

Ce dernier terme définit en principe une position qui vise un dépassement révolutionnaire du capitalisme, impliquant tout à la fois l'abolition de l'appropriation privative des moyens de production au profit de leur socialisation, de même que l'abolition de toute régulation marchande de l'activité économique et sociale supplantée par une planification démocratique de la production, enfin l'abolition de la division entre travail manuel et travail intellectuel dans le cadre de l'autogestion des unités de
production. Laissons ici de côté la question de savoir si pareil projet est plus et autre chose qu'une simple utopie, la visée d'une société idéale (le communisme) dont rien n'assure qu'elle parviendra un jour à réunir les conditions tant subjectives qu'objectives de sa réalisation. En tant que projet, il définit bien un au-delà du capitalisme.

L'antilibéralisme, au contraire, vise plus modestement une politique générale, en l'occurrence un mode de gestion du capitalisme en crise, engagé dans une phase de rupture avec un mode de développement antérieur qui s'est épuisé (le fordisme) et à la recherche d'un nouveau mode de développement. Et ce qu'il a à proposer, pour autant qu'il avance des propositions positives, c'est une autre politique, un autre mode de
gestion du capitalisme, par exemple plus respectueux des intérêts des travailleurs ou des contraintes écologiques. Telle est du moins sa signification et sa portée immédiates. Certes, rien n'empêche l'antilibéralisme de se radicaliser, de ne pas s'en tenir à la simple contestation d'une politique exprimant, dans un contexte historique donné, les intérêts de la classe capitaliste en général, pour s'en prendre plus largement et plus profondément aux rapports sociaux sur lesquels cette classe fonde sa
domination, et projeter leur renversement révolutionnaire.

Autrement dit, l'antilibéralisme peut se faire anticapitalisme, il peut évoluer vers des positions anticapitalistes. Mais, il n'y a nulle nécessité à une pareille évolution : même sans elle, l'antilibéralisme n'en reste pas moins ce qu'il est, il ne dément ni ses principes ni ses positions.

Autrement dit, non seulement il peut exister un antilibéralisme qui ne soit pas anti-capitaliste ; mais encore, je vais avoir l'occasion de le souligner, c'est même là son orientation dominante.

Dans le contexte politique actuel, où le libéralisme est devenu la langue et la pensée courantes de la classe dominante tandis que le projet révolutionnaire a perdu et sa langue et ses porte-parole, l'antilibéralisme peut donc facilement se parer des vertus de l'anti-capitalisme ; alors même que ni dans son principe général ni dans ses propositions politiques les plus courantes il n'est tenu de manifester ni ne manifeste de fait d'orientation capitaliste. C'est sur ce dernier point que j'insisterai pour finir.


L'orientation réformiste dominante

Cette dernière apparaît clairement lorsqu'on analyse les positions et propositions d'un mouvement comme ATTAC, qui constitue sans doute le fer de lance de la mouvance antilibérale actuellement en France (et plus largement en Europe).

Rappelons qu'ATTAC est né du projet formulé par Ignacio Ramonet, directeur du Monde Diplomatique, dans son éditorial de janvier 1998, de créer un mouvement dont l'objectif serait de promouvoir une taxation des mouvements de capitaux à finalité spéculative, tels que le sont ceux qui se déplacent quotidiennement sur les marchés des changes, à hauteur de quelques 1 500 milliards de dollars. Taxation dont l'idée avait été avancée il y a un plus de vingt ans maintenant par l'économiste américain James Tobin. Lancée en juin 1998, l'association a connu au cours des deux dernières années un développement remarquable, puisqu'elle compte désormais près de 20 000 membres et 170 comités locaux et qu'elle a su s'imposer comme un interlocuteur inévitable sur la scène politique. Au demeurant, son champ d'action s'est considérablement élargi depuis sa naissance : tout en continuant à lutter pour promouvoir une taxation des mouvements de capitaux spéculatifs, ATTAC se mobilise désormais tout aussi bien contre les projets de fonds de pension (remaquillés en projets d'épargne salariale), contre les paradis fiscaux, contre la marchandisation de
l'enseignement, pour un contrôle démocratique (citoyen) des négociations à l'intérieur de l'OMC, etc. Bref, l'association embrasse potentiellement tout l'horizon de l'antilibéralisme et lui sert de fédérateur.

Son orientation réformiste se lit clairement dans ce qui est son slogan principal, qui a donné son titre à l'ouvrage qui condense ses principes positions et propositions : Contre la dictature des marchés(2). Pour ATTAC, comme plus généralement pour la mouvance antilibérale, il s'agit bien de s'en prendre à la dictature des marchés (et notamment des marchés financiers, comme nous allons le voir plus loin) mais
non pas au marché lui-même. Ce qui est récusé, c'est l'idée et le projet de faire des rapports marchands la médiation dominante voire unique de l'organisation sociale : de faire prendre une forme marchande à la majeure partie des rapports sociaux et des activités sociales, de faire entrer dans l'échange marchand tout ce qui peut y entrer, en pliant le reste aux exigences du marché ou le marginalisant. Mais, à aucun moment,
il n'est question de récuser le rapport marchand lui-même, la division marchande du travail social, l'éclatement de ce dernier en une myriade d'unités de production séparées les unes des autres, opérant sans coordination entre elles si ce n'est sous la forme de l'échange marchand de leur produits, ni par conséquent l'aliénation (la perte de contrôle, de maîtrise) par la société sur sa propre dynamique économique, sur le
développement de ses propres forces productives, qui résulte précisément et inévitablement de l'institution et du développement de la médiation marchande. Ce qui n'est donc pas non plus récusé, ce sont les rapports
capitalistes de production qui soutiennent aujourd'hui l'ensemble des rapports marchands, et dont ceux-ci ne sont que la face la plus visible, la plus spectaculaire, mais non pas la plus essentielle.

D'ailleurs, la rhétorique antilibérale n'use jamais du concept (marxiste) de rapports capitalistes de production, il n'est question pour elle que de "marché", désignation euphémisée et en même temps unilatérale de ces rapports. En quoi elle contribue à renforcer l'hégémonie de la "pensée unique" et de sa novlangue auquel elle prétend s'opposer. Parmi les marchés, ce sont essentiellement les marchés financiers auxquels ATTAC s'en prend. Elle se propose d'"entraver la spéculation internationale, de taxer
les revenus du capital, de sanctionner les paradis fiscaux, d'empêcher la généralisation des fonds de pension"(3). Justifiée par la montée en puissance et l'hégémonie conquise par le capital financier transnationalisé à laquelle on a assisté au cours des deux dernières décennies, cette focalisation sur le seul capital financier n'en indique pas moins elle aussi les limites de cet antilibéralisme. Comme s'est fréquemment le cas dans la tradition réformiste, on s'en prend au capital financier, supposé purement
parasitaire, mais non pas au capital en général, comme rapport social de production, dont la finance n'est qu'une excroissance nécessaire, inévitable, y compris dans ses pires délires spéculatifs. Et, pour remettre "les marchés" à leur place, pour tailler des croupières au capital financier, nos antilibéraux comptent essentiellement s'appuyer sur les Etats : il s'agit de "reconquérir les espaces perdus par la démocratie au profit de la sphère financière et de s'opposer à tout nouvel abandon de souveraineté des Etats au prétexte du "droit" des investisseurs et des marchands"(4) ; de "placer la décision démocratique aux postes de commandes de l'économie"(5). Opposer la légitimité citoyenne de l'Etat de droit à l'illégitimité de la propriété privée, de l'appropriation privative de la richesse sociale, tel est le fin mot de la pensée politique d'ATTAC. Mais ce qui est soigneusement omis et sans doute même ignoré dans cette perspective, ce sont les rapports de classe qui se masquent et s'expriment à la fois dans le cadre des différents Etats ; c'est quelle division de la société en classe recouvre et conforte
la communauté politique des citoyens auxquels il est ainsi fait appel pour se lancer à l'assaut de la "dictature des marchés".

Méconnaissance des rapports de production travestis sous leur apparence de rapports marchands ; critique du capital réduite au seul capital financier ; sublimation de la division de la société en classe et des luttes de classes dans et par l'Etat démocratique : ce sont là déjà autant de traits qui signent une pensée et un projet réformistes. Ceux-ci se confirment d'ailleurs lorsqu'on imagine ce qui se produirait si les différents projets d'ATTAC devaient se réaliser. A quoi aboutirait-on ? Tout simplement à doter le
capitalisme actuel "de nouveaux instruments de régulation et de contrôle, aux plans national, européen et international"(6). Par exemple à réguler la finance mondiale, en jetant "du sable dans les rouages de la spéculation"(7), en lui évitant ainsi de verser par trop souvent dans la création de bulles spéculatives dont l'éclatement inévitable est toujours préjudiciable au capitalisme dans son ensemble. Ou encore à placer l'OMC sur le contrôle des citoyens par l'intermédiaire de leurs représentants démocratiquement élus, en en faisant l'organe de régulation d'un commerce mondialisé dont la légitimité
ne serait plus dès lors contesté ni contestable.

On pourrait évidemment ironiser, une fois de plus, sur les illusions réformistes ; démontrer, une fois de plus, qu'il est illusoire d'accepter les prémisses tout en voulant se soustraire à leurs conséquences : d'accepter le marché (le capitalisme) sans la dictature du marché, d'accepter le capital sans le capital financier et le déchaînement spéculatif qu'il implique, d'accepter l'Etat démocratique sans la dépossession du pouvoir effectif des citoyens qu'il réalise, etc. Mais le réformisme n'est illusoire que
pour celui qui est dupe de ses belles paroles : pour celui qui prend ses baudruches roses pour des étoiles rouges, qui croit qu'antilibéralisme signifie anticapitalisme. Par contre, il ne l'est nullement si l'on veut entendre par là qu'il serait irréalisable, qu'il n'existerait pour lui aucun espace politique dans lequel il puisse réalise ses projets de réforme. Aujourd'hui et demain tout comme hier, non seulement un réformisme est possible mais encore il est nécessaire.

Il est possible parce qu'il dispose d'une base sociale, actuelle et plus encore potentielle. J'ai eu l'occasion de montrer ailleurs que les projets réformistes de rationalisation (au double sens technique et moral) et de démocratisation du capitalisme, en prenant appui sur une régulation étatique de ce dernier, trouve dans la classe de l'encadrement (qui regroupe ce que l'on nomme habituellement, de manière vague, "les couches moyennes salariées") leur masse de manœuvre en même
temps que leur sujet politique(8). Si cette classe, en particulier sa fraction publique, a longtemps constitué la base de la social-démocratie, par l'intermédiaire de laquelle elle s'est assuré une position hégémonique à l'intérieur du mouvement ouvrier, elle ne peut plus aujourd'hui se reconnaître dans les héritiers de la social-démocratie classique, qui ont abandonné toute velléité réformiste pour se transformer en chantres et maître d'œuvres d'un néo-libéralisme à peine mâtinée de préoccupations "sociales". C'est le cas en particulier par celles de ses couches qui sont déjà directement affectées,
risquent de l'être ou craignent simplement de l'être par les conséquences d'un ultra-libéralisme qui remet en cause, dans le secteur privé comme dans le secteur public, leurs positions privilégiées au sein du salariat. Et ce sont elles que l'on retrouve massivement mobilisées dans un mouvement comme ATTAC, comme plus largement dans la mouvance antilibérale.

A quoi s'ajoute que, en tant qu'expression des intérêts du capital financier, le néo-libéralisme suscite de plus en plus l'opposition d'autres classes et fractions de classes, offrant ainsi à l'encadrement la perspective de réaliser, sous couvert de l'antilibéralisme, un vaste système d'alliances de classe (un bloc) capable de redevenir hégémonique, en occupant sur le plan politique une position similaire à celle occupé naguère par la social-démocratie. Parmi ces autres classes dont le ralliement à la bannière de ce nouveau réformisme peut s'envisager et est plus ou moins déjà engagé, il faut compter :

- tout d'abord, une partie du prolétariat, celle qui continue à se reconnaître dans certaines des organisations syndicales qui ne se sont pas transformées en courroies de transmission du libéralisme ;

- ensuite, une partie de la petite bourgeoisie mais aussi du petit et moyen capital, en particulier dans les secteurs les plus directement exposés aux conséquences du néo-libéralisme, notamment dans son oeuvre de démantèlement des protections étatiques dont bénéficiaient certains secteurs ; ainsi peut-on expliquer les positions prises et défendues par la Confédération syndicale, dont le leader José Bové est
devenu une sorte d'emblème de la résistance antilibérale au nouveau ordre mondial ;

- enfin, potentiellement, une partie du grand capital industriel et commercial lui-même, qui subit aussi
bien la "dictature des marchés" financiers que les conséquences de la déréglementation néo-libérale.
Voire tous les éléments de classe dominante, de plus en plus nombreux, qui ont pris conscience que, si le
néo-libéralisme a été une parfaite arme de guerre pour démanteler les compromis antérieurs et établir les
conditions d'un nouveau régime d'exploitation et de domination du travail, la stabilisation de ce régime
passe par l'institution de nouvelles régulations, au plan national comme au plan international. Précisément
ce que nos néo-réformistes  (leur) proposent.

Evidemment, les jeux ne sont (heureusement)  pas encore faits. Et on est encore très loin de la
constitution d'un tel bloc. Mais sa perspective n'a rien d'irréaliste : un certain antilibéralisme peut
parfaitement servir de lieu et de moyen de convergence entre membres de classes sociales dont les intérêts
sont par ailleurs totalement divergents. La taxe Tobin, par exemple, peut aisément faire l'unanimité
entre un enseignant, un agriculteur, un ouvrier et un industriel.

La réalisation d'une pareille perspective dépendra en partie de l'attitude des militants qui continuent à
défendre une perspective révolutionnaire. A eux d'intervenir dans les différents mouvements composant
la mouvance antilibérale pour y dénoncer l'orientation réformiste dominante, tenter de les infléchir le plus
possible vers des positions plus radicales, et surtout éviter que les organisations syndicales des
travailleurs ne deviennent les artisans, cyniques ou
naïfs, d'une néo-social-démocratie.

Alain BIHR

[Texte notamment publié dans 'À Contre Courant' http://www.acontrecourant]

Notes :
(1) J'en ai dressé un tableau dans "La catastrophe néo-libérale", A Contre-Courant, n°55 et 56, juillet et août 1994.
(2) Editions Mille et une nuits, 1999.
(3) Charte de l'association ATTAC, Paris, 3 juin 1998.
(4) Id.
(5) "Construire ATTAC, agir ATTAC", document ATTAC, novembre 1998.
(6) Charte de l'association ATTAC, op. cit.
(7) Id.
(8) Cf. Entre bourgeoisie et prolétariat : l'encadrement capitaliste, Editions L'Harmattan, 1989, notamment chapitre VI.
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