Emancipation

Publié le par EMINEM cgtmci@free.fr

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Écrit par La rédaction   21-11-2007
 
Dans notre rubrique "Rencontres / /à voir, à lire", nous proposions un livre en ligne de Jean-Louis Sagot-Duvauroux Emancipation, livré au débat, à la  co-construction . Une réaction de Guy Stoll (Isère) à cette publication. :

Autour du livre de Jean Louis Sagot Duvauroux « émancipation »

Autour du livre de Jean-Louis Sagot-Duvauroux « émancipation »

Un livre indispensable parce qu’il ébauche ce qui fait cruellement défaut à la gauche d’aujourd’hui, et notamment à la gauche dite « antilibérale » : un projet de transformation sociale et les conditions de sa mise en œuvre.

Un projet de « vivre ensemble » qui ne parle pas d’un futur mythique aux utopies lointaines mais qui extrait de la gangue du réel d’autres possibles très concrets et qui nous invite à les travailler en chantiers obligatoirement multiples, librement, ici et maintenant sur des rapports de forces nécessairement hétéroclites et avec, c’est essentiel, l’extension de la liberté comme boussole fondamentale.

Une vision cohérente de la société qui ne s’articule pas, surtout pas, autour d’une position morale (« la-justice-sociale », louable mais aucunement émancipatrice) mais autour de l’affirmation d’un véritable choix politique, celui de la liberté.

Notre projet doit être celui d’élargir tous les espaces de possibles, de réouvrir l’histoire de la liberté.

Espaces de liberté, parfois laissés en friche, souvent colonisés par la droite et son idéologie improprement dénommée « libérale ». Désirs de liberté aujourd’hui anesthésiés ou harponnés pour être poussées vers les mangeoires de la consommation.

L’apport essentiel de ce texte, ce en quoi il est véritablement salutaire, c’est qu’il bouscule nos habitudes et nous pousse à sortir de nos schémas de pensées empesés et paresseux. Nous avons devant nous un immense devoir de réflexion et d’invention.

Penser l’émancipation humaine nécessite de questionner en profondeur nos rapports aux autres, nos rapports aux choses et à la consommation, nos rapports à l’environnement.

Un projet d’émancipation pas seulement pour rendre-aux-travailleurs-le-fruit-et-la-maitrise-de-leur-travail mais aussi et surtout pour inventer des liens nouveaux et respectueux entre les humains et l’univers qui les environne.

Le livre de Jean-Louis Sagot-Duvauroux est une invitation jubilatoire à penser autrement.

Quelques exemples parmi le fourmillement d’idées et de pistes de réflexions qui jalonnent le livre.

Si nous voulons vraiment basculer la frontière entre travail contraint et libre activité il nous faudrait sortir de l’obnubilation provoquée par « le travail » sur les lignées communiste, socialiste ou syndicale et  placer impérativement son imaginaire, son vœu, sa pensée et la pensée de son action dans la contrée du temps libre et de l’activité voulue  (échanges de services,…) permettant du même coup de rendre dicible et concevable ce qui ne l’est plus depuis bien longtemps, l’abolition du salariat…

De même il nous faut apprendre à se décentrer, à sortir de cette illusion de centralité qu’occuperaient nos mouvements d’émancipations occidentaux, essentiellement blancs et mâles, et qui entrave notre aptitude à entrer vraiment en relations avec d’autres pensées, d’autres mondes et d’autres expériences émancipatrices. Réfléchissons par exemple, et sans faux fuyant, pourquoi nos partis politiques de gauche ne se sont jamais emparés d’une question vitale qui vampirise de manière pourtant toujours aussi inégalitaire le quotidien de 3 milliard de personnes, celle des tâches domestiques et parentales.

On rejoint ici la nécessité de travailler avec audace la frontière des oppressions identitaires, des hiérarchies et des enfermements identitaires qui ont profondément racialisé et sexué nos représentations. Les amis de l’émancipation, comme aime à les nommer Jean-Louis Sagot-Duvauroux, doivent refuser toute forme d’assignation à un destin identitaire présenté comme découlant de l’histoire, de la nature ou de la providence divine.

Nous sommes également invités à réfléchir au développement radical de la démocratie jusqu’à l’autonomie, c'est-à-dire bien au delà de la « démocratie participative » qui semble borner aujourd’hui notre horizon revendicatif.

De même, il nous faut changer notre rapport aux richesses, réfléchir sur la multiplicité des formes de propriétés tout en disant très clairement que la propriété privée peut aussi être une protection efficace de l’autonomie individuelle et jouer un rôle important dans l’exercice de la liberté.

Devoir de réflexion donc sur l’ensemble des frontières de l’oppression et de l’aliénation, et devoir d’invention tout aussi impératif sur les conditions d’une émancipation effective.

Un mouvement d’émancipation nécessairement sans dogmatisme, qui certes fait des choix mais qui n’impose pas de ligne, qui construit des rassemblements raisonnés, jamais des églises. Celui qui s’éloigne ou change d’avis n’est pas un apostat. Les sociaux démocrates ne sont pas des traitres et les libéraux ne sont pas des ordures.

Il nous faut nous défaire de la fétichisation de l’État qui atrophie notre imagination émancipatrice. Ni État providence ni marché, une culture politique reste à construire qui ne soit plus bercée par les illusions étatistes et qui sache articuler l’action émancipatrice sur les pouvoirs étatiques avec celle qui se déploie ailleurs dans la société.

Un texte qui tente la formulation d’un projet de transformation sociale dont le communisme ne peut être, au mieux, qu’un des affluents du fleuve des mouvements d’émancipation.

Un texte qui nous invite à penser en terme d’alternative plus que de radicalité car il ne s’agit pas d’aller plus profond ou plus loin mais ailleurs, bien ailleurs.

Une invitation à réouvrir avec audace l’histoire des libertés et où la liberté gagnée ici ne puisse se payer d’une souffrance imposée là-bas, une émancipation avec la pensée du commun.

Publié dans Phylosophie

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