UNIR Succés pour " Die Linke "

Publié le par EMINEM

Marc Dormoy 16 février 2008

dielinke2.jpgLors des élections régionales du 27 janvier, en Basse-Saxe et en Hesse, le nouveau parti unifié de la gauche allemande, à gauche du SPD, a obtenu un résultat électoral significatif qui renforce la tendance à l’émergence d’un parti représentant le monde du travail sur tout le territoire national et contribue au déplacement à gauche de l’ensemble du paysage politique.
Lors des dernières élections régionales en 2003, 21 560 personnes (0,5%) avaient voté en Basse – Saxe pour la liste du PDS. Cette fois-ci, en 2008, 243 106 personnes (7,1%) ont fait leurs croix sur le bulletin de « Die Linke » dans le même Land. En Hesse, le PDS ne s’était pas présenté en 2003. Là, « Die Linke » vient d’obtenir 5,1 % des voix avec 140 488 personnes qui ont voté pour elle.
Ces quelques chiffres contredisent sans ambiguïté la thèse avancée par la CDU et le SPD et quelques d’autres, selon laquelle « Die Linke » ne serait que le simple prolongement du PDS.
Le dépassement de la barre des 5% et l’entrée de 11 élus au parlement en Basse-Saxe et de 6 en Hesse confirme le résultat des élections législatives de 2005. (1) Le paysage politique allemand est maintenant constitué de 5 grands partis : le « bloc » néo-libéral avec la CDU, le SPD, les Verts et les libéraux (FDP) d’un côté, et le parti des « petits gens », de l’autre côté. Les salariés, les chômeurs, les retraités…l’ensemble des classes populaires, ne sont plus sans voix sur la scène publique pour faire entendre leurs exigences et leurs intérêts.
Les commentaires du « Handelsblatt » (quotidien patronal), de la « Bildzeitung » et du BDI (le Medef allemand) ont été des plus explicites : les succès électoraux répétitifs de « Die Linke » déplace le paysage politique vers la gauche et met en danger la poursuite des contre-réformes libérales que les classes dirigeantes exigent.
L’analyse détaillée du scrutin donne encore plus de maux de tête à tous les partisans du libéralisme : « Die Linke » obtient ces meilleurs résultats chez les ouvriers et chez les chômeurs. Comme l’a dit le vice-président de la fraction parlementaire, Bodo Ramelow, le « parti se construit par en bas ». Tous ceux qui sont touché par Harz IV. ; tous ceux qui doivent cumuler deux emplois pour parvenir à leurs fins ; tous ceux qui sont ou qui se sentent menacé par les licenciements ; tous ceux qui ne voient pas comment sortir de la misère … tous ceux –là font parti des secteurs des classes populaires qui sont de plus en plus attirés par le nouveau parti et qui estiment que le renforcement de « Die Linke » peut être un instrument efficace face à l’offensive du patronat.
De même, les salariés syndiqués ont voté dans une large mesure pour « Die Linke » : 12 % des syndiqués en Hesse et 11 % des syndiqués en Basse-Saxe. Mais bien sûr, la majorité des syndiqués votent toujours pour le SPD (50%) ou la CDU (24%). L’analyse générationnelle montre également que le socle le plus important du nouveau parti est constitué par la génération des 40 à 60 ans. Pour l’instant, ni les jeunes, ni les retraités ne votent encore massivement pour le nouveau parti. C’est bien la génération la plus « active » et la plus « intégré » dans le processus de production qui constitue le cœur du nouveau parti de gauche.

Inévitablement, la défaite de la CDU - plus en Hesse qu’en Basse-Saxe – relance le débat sur une possible majorité SPD – Verts – Die Linke au niveau régional et également au niveau national pour septembre 2009, date des prochaines élections législatives. Mais cela relève plus de fantasmes que d’une perspective concrète et réaliste.
Certes, des voix au sein du SPD avancent prudemment qu’il faut quand même réfléchir à traiter « Die Linke » autrement que par le mépris et la haine. Mais elles sont largement minoritaires. Andrea Ypsilanti, la candidate du SPD en Hesse, représentante de « l’aile gauche » du parti, l’a dit et redit à n’en plus finir : « Le SPD ne fera pas de coalition avec Die Linke ». Au contraire, elle a à nouveau appelé le FDP (les libéraux) et les Verts à former avec elle une nouvelle majorité. Comme au niveau national, ou le SPD préfère former une coalition avec la droite (CDU), en Hesse, elle préfère laisser le néoconservateur et xénophobe Roland Koch (CDU) gérer le Land sans majorité parlementaire, plutôt que de s’allier avec « Die Linke ».
Même si c’est difficile à comprendre pour certains, il ne s’agit pas d’un « aveuglement politique » de la part de la social-démocratie, mais bel et bien du fait qu’il est impossible pour un parti devenu 100 % social-libéral et largement étranger et hostile aux aspirations des salariés, de nouer des alliances durables avec « Die Linke ». Une telle coalition mènera le SPD au bord de l’explosion et ne correspond en aucune manière à son évolution.
De même, du côté du nouveau parti de la classe travailleuse, la perspective d’une coalition avec le SPD mettrait son existence en danger. « Die Linke » s’est constitué en opposition à la politique de la social-démocratie des dernières 10 années, à la fois sur le plan des attaques libérales et sur le plan des interventions militaires et impérialistes. L’anti-libéralisme et l’anti-militarisme forment le socle de la politique du nouveau parti. Il est absolument clair pour la majorité des dirigeants et élus du parti qu’une participation à une coalition avec le SPD en 2009 est exclue.
Comme souvent, c’est Oskar Lafontaine qui a le mieux exprimé le sens du succès électoral de Hesse et Basse-Saxe. Le soir de l’élection, il a souligné « qu’ il y a plus important que l’entrée de « Die Linke » dans un Parlement, à savoir le changement, par ces élections, du climat social en faveur de ceux qui se prévalent de la justice sociale. » Et il a terminé par le constat que le succès électoral du parti allait maintenant se traduire par un encouragement à tous ceux qui se battent dans les entreprises pour les augmentations de salaires et de meilleures conditions de travail.

(1). Les nouveaux élus de « Die Linke » sont à l’image du pluralisme qui règne dans le parti et qui constitue une des conditions de son émergence. On y trouve des militants ou anciens militants du DKP (petit parti communiste de l’Allemagne de l’Ouest) ; d’anciens militants du SPD ; anciens militants des Verts ; anciens militants du PDS ; des syndicalistes qui se sont pour la première fois engagé dans un parti politique ; et également une militante trotskiste du réseau « Marx21 » Janine Wissler, Vice-présidente de la fraction parlementaire en Hesse.

Publié dans Allemagne

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article